Chronique de la pieuvre : Financement de l’Institut du monde arabe / Fiasco de l’Etat entrepreneur / Subvention européenne saugrenue
Cet article inaugure une chronique bimensuelle, qui consistera à mettre en valeur quelques articles, généralement hors actualité, publiés par l’excellent Cri du contribuable, la revue de l’association Contribuables associés.
Ces articles seront sélectionnés pour le caractère original des sujets ou des points de vue qu’ils présentent, ce qui, avouons-le, n’est pas très difficile à trouver dans notre pays, tant la grosse presse et les institutions économiques sont les plus gauchistes au monde (concernant l’extrême socialisme de notre économie, ce graphique récent devrait convaincre les plus sceptiques – tout lien avec le déclassement de notre pays ces 30 dernières années serait évidement fortuit).
Il va de soit que les thèses défendues par ces articles n’engagent en elles-mêmes ni le Front national, ni aucun autre parti ami, mais seulement Contribuables associés. Ils sont simplement destinés à alimenter la réflexion en matière de dépenses publiques des plus curieux d’entre vous.
Aujourd’hui :
- Institut du monde arabe : Est-ce à nous de payer ?
(Le Cri n°59, du 15 novembre 2008) - Quand l’État se mêlait d’informatique
(Le Cri n°59, du 15 novembre 2008) - Une improbable piste de ski
(Le Cri n°58, du 1er novembre 2008)
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Institut du monde arabe : Est-ce à nous de payer ?
La gestion de l’Institut du monde arabe laisse à désirer. C’est ce qui ressort d’un récent rapport de la commission des finances présenté par Adrien Gouteyron, sénateur de la Haute-Loire.
Créé à la fin des années quatre-vingt, l’Institut du monde arabe a connu vingt ans de succès auprès du public mais aussi vingt années de déficit. La Cour des comptes y a consacré pas moins de cinq contrôles, qui pointaient une gestion de la trésorerie laxiste et coûteuse et des pratiques d’achat et de sous-traitance contestables. Résultat : un déficit d’exploitation cumulé de 38,5 millions d’euros.
Fondation de droit privé, l’Institut du monde arabe bénéficie de contributions publiques importantes. Et principalement de la part de l’État français ! Malgré un accord signé lors de sa création entre l’État français et les États arabes – une subvention annuelle à hauteur de 60 % pour la France et de 40 % pour les pays arabes – ces derniers ne respectent pas leurs engagements. La France se trouve donc obligée de subvenir aux besoins de la fondation. C’est ainsi que notre pays a versé plus de 100 millions d’euros au titre du fonctionnement de l’Institut au cours de la décennie écoulée. En 2006, 34 millions d’euros de contributions des États fondateurs, dont 13,9 millions pour l’Irak et 12,5 millions d’euros pour la Libye, n’avaient toujours pas été honorés.
Les versements manquants ne cessent pourtant d’être réclamés par Dominique Baudis, président de l’Institut depuis février 2007. Ces contributions permettraient à l’Institut du monde arabe de retrouver un certain équilibre financier, et à la France de réduire sa subvention annuelle, d’un montant de 12,6 millions d’euros. Ce serait, comme le précise le président de la commission des finances Jean Arthuis, « une contribution à l’équilibre de nos finances publiques ».
Ludivine Guérin
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Quand l’État se mêlait d’informatique
Le lancement de l’informatique en France fut l’affaire de l’État, écrit en substance Jean-Pierre Brûlé, ancien président de Bull, dans son livre paru en 1993, « L’informatique malade de l’État » (Contribuables Associés éd.). Du plan Calcul à la nationalisation de Bull, 40 milliards de francs furent engloutis « en faveur de l’informatisation ». En pure perte.
Au départ, il y a l’habitude de trancher de tout au sommet d’un État hypercentralisé, et donc la croyance que l’État est le mieux à même de lancer l’informatisation de la société, au lieu de laisser faire la société elle-même. Ajoutez à cela la peur du géant américain et une sorte de croyance mystique dans les vertus de l’ordinateur et vous obtenez un des grands ratages étatiques de ces dernières décennies.
Le plan Calcul
À l’origine du plan Calcul : le refus des États-Unis de livrer un ordinateur dont la France avait besoin pour fabriquer la bombe H. L’État entend prendre en main l’informatique française… sans tenir le moindre compte de l’existence d’une entreprise qui s’appelle Bull, et qui a le malheur d’être une société privée. Le plan Calcul prévoit la fondation de CII, la Compagnie internationale pour l’informatique (actionnaires : Thomson et la Compagnie générale d’électricité, qui entretiennent les pires rapports qui soient), et de l’Iria (Institut de recherche en informatique et en automatique). « Derrière la dénomination de plan Calcul, qui fait sérieux, se cache une réalité qui l’est bien moins : une absence de plans et une carence de calculs », écrit Jean- Pierre Brûlé. Et aussi une absence de soutien des instances de l’État, ce qui est gênant pour un plan étatique. Dès le départ le plan subit l’hostilité des ministères des PTT, de la Recherche, des Armées… Seule une minorité d’hommes – des jeunes fonctionnaires – le soutient. Échec absolu, CII sera marié à Bull en 1975.
Informatique pour tous
Le plan Informatique pour tous est lancé en 1985. Le premier ministre, Laurent Fabius, fait distribuer la bagatelle de 100.000 ordinateurs à 46.000 écoles. Des appareils inadaptés, aux capacités notoirement insuffisantes, sont installés à la hâte avant les élections de 1986 (en vain : elles seront perdues par la majorité). Tous les ordinateurs termineront au placard. Coût total : 1,5 milliard de francs. Une affaire exemplaire, estime Jean-Pierre Brûlé : contribuables et élèves ont été victimes d’un « processus de décision publique inepte ».
Bull, société publique
Bull sera nationalisé en 1981. En tête des préoccupations du gouvernement : l’emploi. De fait, la nouvelle entité publique, riche de l’argent des Français, va embaucher à tour de bras. Avant de débaucher au même rythme un peu plus tard : 500 emplois supprimés en 1987, 700 en 1988, 1.600 licenciements en 1989, 3.000 en 1991. Deuxième objectif : la maîtrise des technologies. Autrement dit conquérir notre autonomie vis-à-vis des États- Unis. Or, à partir de 1982, Bull a fabriqué des produits sous contrôle américain, ses appareils haut de gamme dépendant du japonais NEC.
Les autres objectifs, tout aussi irréalistes, ne seront pas non plus atteints. La conception des produits, cessant d’être « les outils d’une croissance aveugle », devait correspondre aux « besoins des populations ». Le rythme de l’innovation technique, jugé excessif et inquiétant, devait être maîtrisé (ne manquait qu’un bon Gosplan, pour déterminer celui-ci…). Il fallait aussi favoriser les mini-ordinateurs, porteurs d’une convivialité nouvelle, orienter la politique commerciale vers les pays socialistes et le tiers-monde… On en passe et des meilleures. Inutile de dire que toutes ces billevesées soviétoïdes, mâtinées de rêveries soixante-huitardes, seront vite balayées par le rude contact avec la réalité économique.
En 1960, résume Jean-Pierre Brûlé, Bull était le deuxième constructeur mondial. En 1992, c’était le treizième en chiffre d’affaires et le dernier par les résultats nets rapportés au chiffre d’affaires. Aujourd’hui Bull est redevenu un groupe totalement privé qui, depuis 2007, fait de nouveau des profits.
Charles-Henri d’Andigné
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Une improbable piste de ski
Le bénéficiaire lui-même n’en revient pas : « Je ne pensais pas qu’ils allaient soutenir quelque chose d’aussi fou. Mais comme l’argent était débloqué, il n’y avait pas de raison de ne pas réaliser ce projet. »
« Ils », ce sont les experts de l’Union européenne, « l’argent », c’est celui du contribuable européen, et « ce projet », c’est la construction d’une piste de ski sur l’île de Bornholm. Surnommée l’« île ensoleillée », elle est située sur la Baltique, il y neige rarement et le sommet dépasse à peine 100 mètres… C’est dire si l’endroit se prête à la glisse ! Le concepteur de ce projet, Ole Harild, est danois.
En 2006, alors qu’il était privé de sports d’hiver pour raisons professionnelles, il a eu l’idée de concevoir sa propre piste de ski. Il a envoyé une demande subvention à l’Union européenne, sans y croire. Aujourd’hui, sa demande a abouti et il a pu réaliser son rêve. La piste ainsi réalisée a été ouverte « un jour et demi l’hiver dernier », raconte son concepteur, qui ne désespère pas : « le froid reviendra un jour »… En attendant, l’argent du contribuable est bel et bien perdu !
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Excellent quinzomadaire, pour faire monter le taux d’adrénaline !!
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