Chronique de l’euro-atlantisme (1/2)

7e premier ministre tchèque en poste depuis le 4 septembre 2006, l'européiste Mirek Topolanek assure l'actuelle présidence tournante de l'UE

7e premier ministre tchèque en poste depuis le 4 septembre 2006, l'européiste Mirek Topolanek assure l'actuelle présidence tournante de l'UE

L’euro-atlantisme avance à marche forcée dans les Balkans et en Europe centrale. Président de l’Union Européenne (UE) et premier ministre de la République tchèque, l’européiste Mirek Topolanek appuie vivement la candidature d’adhésion de la Macédoine au sein de l’UE et de l’OTAN. Lors d’une cérémonie tenue à Budapest pour commémorer le dixième anniversaire de l’adhésion de la Hongrie, de la République tchèque et de la Pologne au sein de l’OTAN, son secrétaire général Jaap de Hoop Scheffer a solennellement annoncé que la Croatie et l’Albanie intégreront l’Alliance atlantique à l’issue du Sommet de Strasbourg les 4 et 5 avril 2009.

La Tchéquie favorise l’euro-atlantisme

Comme Mirek Topolanek assure pour six mois la présidence tournante de l’Union Européenne (UE), il en profite pour favoriser l’euro-atlantisme et l’élargissement oriental de l’UE envers les Balkans occidentaux. Mardi 10 mars lors d’une courte visite à Skopje, l’européiste Topolanek a officiellement déclaré son soutien pour la double candidature de la Macédoine à l’UE et à l’OTAN. Notons que la plupart des pays candidats à l’UE cherchent également à intégrer l’OTAN (Croatie, Albanie, Monténégro).

À l’issue d’une conférence de presse conjointe avec son homologue macédonien Nikola Gruevski, Mirek Topolanek a déclaré : « Vous passerez un test sous la forme des élections, j’espère qu’elles seront libres et démocratiques et que vous remplirez les 8 conditions fixées par la Commission européenne. Je souhaite que vous puissiez poursuivre la construction démocratique de votre pays, de préférence dans le cadre des structures euroatlantiques« .

Outre le ton condescendant, paternaliste et humiliant, nous sommes frappés par l’obsession euro-atlantiste, pilier des politiques intérieures et diplomatiques des anciens membres du Pacte de Varsovie. De même, cette longue phrase est assenée comme si la République tchèque était déjà un membre confirmé de l’UE. Or on sait que ce pays a rejoint l’OTAN le 12 mars 1999 et l’UE le 1er mai 2004.

Effectivement des élections cruciales se dérouleront prochainement en Macédoine et au Monténégro, qui avait officiellement signé le 15 octobre 2007 l’Accord de Stabilisation et d’Association (ASA) et présenté solennellement sa candidature à l’UE à Paris le 15 décembre 2008. Ces scrutins seront attentivement surveillés par divers observateurs officiels missionés par l’UE. Il s’agira donc d’une nouvelle ingérence volontaire de l’UE au sein de « nations » européennes.

Le soutien de l’actuelle présidence tchèque est donc soumis à des contreparties drastiques pour la Macédoine et le Monténégro, qui feront assaut de servilité envers les exigences humiliantes et farfelues des technocrates apatrides de Bruxelles. Au final, ces confettis montagnards des Balkans seront de véritables marionnettes pour les euro-atlantistes de Bruxelles et Washington. D’ailleurs, les USA, l’OTAN et certaines ONG en liaison avec les services secrets occidentaux ont largement contribué à leur détachement de l’ancienne Fédération de Yougoslavie.

Enfin lors d’un dense entretien avec le premier ministre macédonien Nikola Gruevski, Mirek Topolanek a abordé trois autres thèmes majeurs : la libéralisation du régime des visas, l’impact de la crise financière et économique mondiale et la sécurité énergétique.

Si l'eurosceptique Vaclav Klaus n'a pas manqué de courage et de lucidité politiques, il se fourvoie complètement avec son soutien archarné à une rapide adhésion de la Turquie à l'UE

Si l'eurosceptique Vaclav Klaus n'a pas manqué de courage et de lucidité politiques, il se fourvoie complètement avec son soutien archarné à une rapide adhésion de la Turquie à l'UE

La Tchéquie ne favorise pas le souverainisme

Alors que la présidence française de l’UE touchait à sa fin, de nombreux souverainistes ont nourri d’immenses espoirs sur la future présidence tchèque (1er janvier-30 juin 2009). La réalité quotidienne est tout autre comme nous venons de le voir concrètement. D’ailleurs actuellement avec l’européiste Mirek Topolanek, l’euro-atlantisme progresse inéluctablement vers l’est et le sud-est de l’UE/OTAN.

Beaucoup d’observateurs « souverainistes » croyaient à tord que le président tchèque, l’eurosceptique Vaclav Klaus allait assurer cette présidence tournante de l’UE. Or, il n’en est rien puisque cette fonction est actuellement dévolue à son premier ministre Mirek Topolanek, européiste convaincu et partisan déclaré du funeste Traité de Lisbonne. De même, l’actuel ministre tchèque des Affaires Étrangères Karel Schwarzenberg est sur cette même longueur d’onde, favorable à l’Europe fédéraliste de Bruxelles.

Il faut savoir que le turcophile et eurosceptique Vaclav Klaus est complètement isolé sur la scène politique tchèque. Cet isolement s’est d’ailleurs renforcé le 26 novembre 2008 lorsque le président de la Cour Constitutionnelle Pavel Rychetsky a solennellement déclaré le Traité de Lisbonne conforme à la constitution tchèque. Il s’agissait d’un camouflet cinglant pour Vaclav Klaus, puisque la veille il avait longuement développé une argumentation structuré contre la technocratie et le fédéralisme de l’UE.

En raison de sa farouche opposition à l’actuelle « construction » de l’UE et selon la constitution intérieure, le président Klaus était donc automatiquement écarté de cette présidence tournante. Certes, il continue de résister mais uniquement sur le plan symbolique, comme l’illustrait son refus catégorique d’arborer le drapeau européiste sur le Château de Prague. Sincèrement et profondément attaché à la souveraineté nationale, Vaclav Klaus refusait également que des drapeaux d’organes mondialistes (OTAN, ONU) soient hissés sur la résidence présidentielle.

En conclusion, on signalera l’énorme décalage sur cette question de Bernard Antony, qui confirme sa marginalisation politique. Contemplant le monde actuel à travers sa « myopie » idéologique, l’inénarrable « ayatollah-cassoulet » avait rédigé un éditorial erroné dans le numéro de janvier 2009 de « Reconquête » :

Les raisons d’espérer existent. Ce 1er janvier, Vaclav Klaus, le Président tchèque prend la tête de l’Union Européenne. C’est un homme lucide et courageux, l’un des rares chefs d’État européen à défendre l’Europe des pays libres. Nos vœux l’accompagnent pour cette année décisive.

Pour la lucidité, on repassera étant donné que Vaclav Klaus (comme l’ensemble de son gouvernement) est un partisan déclaré de la candidature turque au sein de l’UE ! Quant aux encouragements de Bernard Antony, ils seront vains car il est fort probable que Vaclav Klaus ignore complètement son existence politique.

L'actuel drapeau macédonien en vigueur depuis 1995 comprend 8 rayons au lieu des 16 de l'Etoile de Vergina (cf le drapeau de 1992)

L'actuel drapeau macédonien en vigueur depuis 1995 comprend 8 rayons au lieu des 16 de l'Étoile de Vergina (cf le drapeau de 1992)

Macédoine : histoire tumultueuse et dénomination controversée

Lors d’un conflit en 1912-1913, les Serbes, les Bulgares et les Grecs se sont affrontés dans la Macédoine alors occupée par les Ottomans. Après le départ des Turcs, la Macédoine proclama son indépendance le 30 mai 1913. Ancienne République fédérée de la défunte Yougoslavie, elle proclama de nouveau son indépendance sous le nom de « République de Macédoine » le 8 septembre 1991.

Face au lion bulgare et à l’aigle albanais et pour se prémunir de l’irrédentisme agressif de ces 2 pays, la Macédoine avait sciemment adopté en 1992 un drapeau avec les 16 rayons de l’étoile de Vergina. Comme ce symbole est directement associé à la Grèce antique et à Alexandre le Grand, la Grèce actuelle nourrit une aversion diplomatique envers la Macédoine. Athènes a exigé à de nombreuses reprises un changement de dénomination et explique son attitude par une crainte de revendications territoriales sur sa province antique et historique.

Sur le plan géographique et historique, l’actuelle République de Macédoine représente 38 % du territoire et 44 % de la population de l’antique Macédoine (la Grèce actuelle environ 50 % et la Bulgarie moins de 10 %).

Malgré les multiples propositions grecques de changement de dénomination officielle, la Macédoine reste inflexible ce qui provoque la paralysie de sa candidature à l’OTAN et à l’UE. D’ailleurs lors du dernier sommet de l’OTAN à Bucarest en avril 2008, la Grèce a volontairement bloqué la candidature de la Macédoine alors que dans le même temps, celles de la Croatie et de l’Albanie étaient avalisées. De même, la Grèce s’arrange à retarder, voire paralyser la demande d’adhésion macédonienne à l’UE.

Cependant, la situation n’est pas totalement figée avec la Grèce et sur le plan de la diplomatie internationale. En 1995, la Macédoine adopte un nouveau drapeau plus consensuel avec 8 rayons au lieu des 16 de l’ancienne étoile de Vergina. Mais dans le même temps, elle rebaptise sciemment l’aéroport international de Skopje avec l’appellation provocatrice d’Alexandre le Grand. Actuellement, l’ONU a trouvé une nouvelle dénomination intraduisible « Republika Makedonija-Skopje » qui semble satisfaire les autorités politiques de la Grèce.

Enfin, la visite diplomatique du premier ministre bulgare Sergueï Stanichev en décembre 2008 est apparue comme un réchauffement politique puisque la Bulgarie a officiellement apporté son soutien aux candidatures de la Macédoine à l’OTAN et à l’UE. Dans le même esprit, la Bulgarie qui fut la première nation à avoir reconnu officiellement la Macédoine, avait pratiqué la conciliation à propos du nom controversé.

Vue générale de la capitale macédonienne Skopje

Vue générale de la capitale macédonienne Skopje

Macédoine : relations orageuses avec l’UE et conflit de 2001

Le 9 avril 2001, la Macédoine signa officiellement avec l’UE l’Accord de Stabilisation et d’Association (ASA) qui entrera en vigueur seulement 3 ans plus tard, le 1er avril 2004. La Macédoine présenta officiellement sa candidature d’adhésion le 22 mars 2004 et le Conseil européen ne lui reconnaitra son statut de pays candidat que le 17 décembre 2005.

Nous avons donc une illustration concrète de l’influence diplomatique de la Grèce au sein de l’UE, tandis que les technocrates apatrides de Bruxelles freinent momentanément cette demande d’adhésion.

Déjà avec l’embrasement du Kosovo en 1999, la fragile République de Macédoine dut faire face à un considérable afflux de 360.000 « réfugiés » albano-kosovars, ce qui provoqua un certain impact sur la politique intérieure. En 2001, un bref conflit éclata en Macédoine, qui dut affronter des bandes armées albanaises venues de l’ouest et du district « albanophone » de Tetovo (nord-ouest). Ces terroristes, soutenus par l’Albanie expansionniste, brandissaient des revendications linguistiques au sein des administrations, de l’enseignement et des forces de l’ordre. Attisées par les euro-atlantistes et certains services secrets occidentaux, ces revendications agressives des « albanophones » furent largement satisfaites lors de la signature des Accords d’Ohrid (13 août 2001), concoctés par l’OTAN et l’Union Européenne.

Il s’agissait d’une nouvelle et scandaleuse ingérence euro-mondialiste tandis que ces revendications linguistiques et empiètements administratifs furent validés par des amendements constitutionnels en novembre 2001. Cette politique délétère favorable aux revendications exorbitantes de « minorités » agressives, est sciemment poursuivie et méticuleusement mise en œuvre par les euro-atlantistes de Bruxelles et Washington. Leur objectif commun consiste à favoriser l’émergence de micro-nations volontairement morcelées et sciemment privées d’identité historique et culturelle. De tels « États » sont des proies rêvées et deviennent des valets serviles pour les tenants du Nouvel Ordre Mondial.

Sur le plan militaire, l’OTAN intervint en Macédoine pour appliquer et surveiller le cessez-le-feu. En 2002, l’Union Européenne prit la relève de l’Alliance Atlantique et utilisait ainsi au grand jour ses moyens militaires. Il s’agissait d’une première opération militaire commune entre ces 2 organes mondialistes, favorables à un monde unipolaire à la sauce américaine. Cette collaboration représentait la concrétisation d’un rapprochement, voire d’une quasi-fusion entre l’OTAN et l’UE.

Au cours d’un prochain article, nous évoquerons le discours euro-atlantiste prononcé à Budapest par le secrétaire général de l’OTAN Jaap de Hoop Scheffer, à l’occasion du 10e anniversaire de l’adhésion de la Hongrie, de la République tchèque et de la Pologne.

Européennes 2009

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Commentaires

Peut-être que si de grands Etats tels que la RFA, la Pologne, l’Italie ou, depuis 2007, la France n’étaient pas des têtes de ponts de l’Impérialisme yankee en Europe, peut-être que ces confettis auraient une diplomatie plus européenne, moins mondialiste.

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