Lancement raté du satellite : zoom sur la Corée du Nord et pathétiques réactions internationales

A l'instar de Daniel Cohn-Bendit, Bernard Kouchner est un "révolutionnaire" embourgeoisé métamorphosé en néo-conservateur américanolâtre

À l'instar de Daniel Cohn-Bendit, Bernard Kouchner est un "révolutionnaire" embourgeoisé métamorphosé en néo-conservateur américanolâtre

Dimanche 5 avril 2009, la Corée du Nord annonce solennellement la réussite du lancement de la Fusée Unha-2 à 11 h 20 (2 h 20 GMT) et de la mise en orbite de son satellite Kwangmyongson-2 à 11 h 29 (2 h 29 GMT). Avant même de s’assurer de la réussite officielle de la mise en orbite, la France, l’Union Européenne et l’ONU ont effectué des déclarations décalées. De son côté, le Japon qui avait positionné l’impact de la fusée à 2.100 km à l’est de Honshu dans l’Océan Pacifique, n’ a envoyé aucun missile d’interception tandis que les deux étages de la fusée sont tombées dans la Mer du Japon et dans l’Océan Pacifique (le premier à 280 km à l’ouest et le second à 1.270 km à l’est). Cependant, à la demande du Japon les 15 membres du Conseil de Sécurité de l’ONU organisent une session d’urgence dimanche à partir de 15 heures.

Lancement du satellite : condamnations de la France, de l’UE et de l’ONU

Le Quay d’Orsay a vivement condamné le lancement du satellite nord-coréen depuis la base militaire de Musudan-Ri (province du Nord Hamgyong limitrophe de la Chine et de la Russie). Pour Bernard Kouchner et les officiels du ministère des Affaires étrangères, Pyongyang a délibérément violé la résolution 1.718 du Conseil de Sécurité de l’ONU selon laquelle ce pays famélique et autarcique devait renoncer à tout programme de missiles balistiques. Selon le Quay d’Orsay, les technologies de lancement de satellites et de missiles balistiques seraient rigoureusement identiques. Selon ces néo-conservateurs atlanto-mondialistes, chaque lancement spatial contribuerait à développer la technologie balistique de la Corée du Nord. Il est difficile d’être de plus mauvaise foi tandis que le communiqué officiel du Quay d’Orsay prend des accents ouvertement belliqueux :

En concertation avec nos partenaires du Conseil de sécurité des Nations Unies, nous étudions la réponse qui doit être apportée à cet acte qui menace la paix et la stabilité régionale. Nous rappelons que la RPDC doit se conformer à ses obligations internationales.

Après l’échec officiel de la mise en orbite du satellite, la déclaration ministérielle est pathétique. Rappelons que l’ex soixante-huitard Kouchner est le chantre du « droit international d’ingérence humanitaire ».

Alors que l’Union Européenne (UE) n’a aucune véritable existence diplomatique sur la scène internationale, elle tente néanmoins de faire entendre sa « voix » parfaitement conforme à celles des institutions mondialistes. Loin de former un bloc géopolitique cohérent et indépendant, l’UE s’aligne toujours plus sur la conception américano-mondialiste d’un monde unipolaire. Au lieu d’attendre une confirmation officielle et malgré son absence évidente de légitimité politique, l’Union Européenne s’est fendu d’un communiqué alarmiste et condescendant :

Cette action fragilise encore la stabilité régionale à un moment où la question nucléaire dans la péninsule coréenne, qui  reste sans solution, requiert un renforcement de la confiance réciproque. Ce type de comportement constitue également une source d’inquiétude plus générale en raison de ses répercussions sur la prolifération au niveau mondial. L’UE appelle la RPDC [Corée du Nord] à respecter la résolution 1.718 du Conseil de sécurité de l’ONU, à suspendre immédiatement toutes les activités liées à son programme de missiles balistiques, et à renoncer complètement à toutes ses armes nucléaires et ses programmes nucléaires existants de façon complète, véritable et irréversible.

Le Sud-Coréen Ban Ki-Moon secrétaire général de l’ONU a exprimé officiellement ses regrets au sujet du lancement du satellite nord-coréen Kwangmyongsong-1. Tout en soulignant l’impasse du dialogue diplomatique multilatéral, Ban Ki-Moon estime que ce lancement entravera le processus de dialogue, de paix et de la stabilité géopolitique en Asie du Nord-Est. Il encourage également les parties concernées (Russie, Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, Japon et USA) à reprendre leurs discussions multilatérales au sein des « pourpalers des 6 ». Logiquement, Ban Ki-Moon exhorte Pyongyang à se conformer à la Résolution 1.718 du Conseil de Sécurité de l’ONU.

Encore une fois sans attendre une confirmation officielle de réussite définitive, Ban Ki-Moon s’est exprimé précipitamment tandis qu’à la demande expresse du Japon, les quinze membres du Conseil de Sécurité de l’ONU devaient se réunir en session d’urgence dimanche 5 avril à partir de 15 heures.

Carte géopolitique et stratégique de l'Asie du Nord-Est. Explications sur le missile à longue portée Taepodong-2

Carte géopolitique et stratégique de l'Asie du Nord-Est. Explications sur le missile à longue portée Taepodong-2

Analyse et décryptage d’une panique internationale

D’emblée, on remarque que les diverses condamnations émanent de nations et d’organes inféodés au Nouvel Ordre Mondial. Très tôt, les USA et leurs fidèles alliés asiatiques (Japon, Corée du Sud) ont nourri des soupçons autour du satellite, accusé d’être en réalité un missile de longue portée dénommé Taepodong-2.

Les lobbies américains, qui entretiennent des fantasmes récurrents sur le nucléaire iranien et nord-coréen, pululaient dans l’entourage de G.W. Bush. L’exemple le plus caricatural fut le secrétaire d’État à la Défense Donald Rumsfeld qui joua un grand rôle dans le déclenchement de la seconde guerre d’Irak. Afin d’intervenir, ces lobbies néo-conservateurs avaient agité la menace fictive des armes de destructions massives. Pour se maintenir en Afghanistan, ils agitent la peur du retour des Talibans et utilisent habilement le spectre de Ben Laden qui serait le grand cerveau des attentats du 11 septembre 2001. Pour la Corée du Nord, ils agitent la menace nucléaire et balistique puisque selon eux le missile de longue portée Taepodong-2 (3.500 km à 6.700 km) atteindrait l’Alaska et Hawaï.

Avec l’enlisement inexorable du conflit irakien, un vent de fronde parlementaire souffla dès la fin 2005. 2006 vit la mise à l’écart de Donald Rumsfeld et son remplacement par Robert Gates. Actuel secrétaire d’État à la Défense, Robert Gates joue la modération et l’apaisement sur le dossier nord-coréen. Ainsi, dimanche 29 mars, lors d’un passage télévisé, il désavoua implicitement un haut-gradé en affirmant clairement que les USA ne procéderaient pas à la destruction du satellite nord-coréen après son lancement.

En revanche, la Russie et la Chine ont toujours cherché à temporiser et à favoriser la voie d’un dialogue constructif au sein des « pourparlers des 6 ». Ces deux géants économiques opposés à l’établissement d’un Nouvel Ordre Mondial unipolaire, se montrent favorables à l’émergence de plusieurs blocs géopolitiques distincts et affranchis vis à vis des USA.

Avec Sarkozy, Kouchner et les ex-gauchistes reconvertis dans le néo-conversatisme, on a assisté à une annihilation progressive de la diplomatie française inféodée aux conceptions américano-mondialistes. Le symbole le plus fort fut la récente réintégration de la France au sein du poste de commandement militaire intégré de l’OTAN. Lors du sommet de Strasbourg les 3 et 4 avril 2009, la France s’est sciemment sabordée sur les plans de la Défense et de la Politique internationale. De même, l’Union Européenne dont la plupart des membres appartiennent à l’OTAN, est complètement alignée sur Washington sur les plans diplomatique et économique. Au fur et à mesure de la construction politique de l’UE et du démantèlement programmé des traditionnels États-Nations, il n’y aura qu’une SEULE voix diplomatique commune à l’Europe et aux USA.

Avec la bienveillance des USA, Syngman Rhee (1875-1965) dirigea d'une main de fer la Corée du Sud de 1948 à 1960

Avec la bienveillance des USA, Syngman Rhee (1875-1965) dirigea d'une main de fer la Corée du Sud de 1948 à 1960

Chronologie politique de la Corée de 1894 à 1948 puis de la Corée du Nord depuis 1948

Dès 1894, la Corée et le Japon étaient liés par un traité d’alliance militaire. La Guerre russo-japonaise, qui opposa les empires russe et japonais le 8 février 1894, se conclut le 5 septembre 1895 par le Traité de Portsmouth (USA, New Hampshire). Signé conjointement par les Américains et les Japonais, ce traité déboucha sur un protectorat composé de plusieurs pactes. Finalement, un traité d’annexion fut signé en août 1910 à l’issue duquel la colonisation japonaise fut entérinée de fait sur l’ensemble de la péninsule coréenne. Après le renversement de la dynastie Chos ?n (1392-1910), cette occupation japonaise fut très brutale et provoqua une résistance nationaliste très diverse. Les principaux protagonistes furent Syngman Rhee (1875-1965) qui dirigera d’une main de fer la future Corée du Sud de 1948 à 1960 avant de s’exiler à Hawaï et le marxiste-léniniste Kim Il-Sung (1912-1994) futur dirigeant de la Corée du Nord (de 1948 à son décès en 1994). La capitulation du 15 août 1945 mit un terme définitif à l’occupation japonaise sur la Péninsule coréenne.

Entrée en guerre contre le Japon le 9 août 1945, l’URSS de Staline pénétra militairement dans la partie septentrionale de la péninsule coréenne tandis que les USA attendirent le 8 septembre 1945 pour débarquer dans sa partie méridionale. Dès le début, les USA et l’URSS se mirent d’accord sur le 38e parallèle pour une future démarcation.  La résistance de Syngman Rhee avait été puissamment soutenue par les USA tandis que celle du communiste Kim Il-Sung était fermement appuyée par l’URSS puis par les communistes chinois. La Corée du Sud (capitale Séoul) naquit officiellement le 15 août 1948 avec à sa tête l’autoritaire Syngman Rhee, dévoué corps et âme aux USA. La Corée du Nord (capitale Pyongyang) naquit officiellement le 9 septembre 1948 avec à sa tête Kim Il-Sung, dirigeant du Parti du Travail de Corée.

Avec la bienveillance de l'URSS et de la Chine, le tyrannique Kim Il-Sung (1912-1994) dirigea la Corée du Nord de 1948 à son décès en 1994

Avec la bienveillance de l'URSS et de la Chine, le tyrannique Kim Il-Sung (1912-1994) dirigea la Corée du Nord de 1948 à son décès en 1994

La Guerre de Corée débuta le 25 juin 1950 par une grande offensive terrestre nord-coréenne (soutenue par Staline) sur la Corée du Sud. Les forces américaines et occidentales (avec le contingent français dirigé par le Général Monclar) étaient commandées par l’ONU. Elles débarquèrent en Corée du Sud le 7 juillet 1950. L’armistice de Panmunjom signé le 27 juillet 1953 établit une zone « démilitarisée » de démarcation autour du 38e parallèle.

L’idéologie officielle est le Juche, doctrine communiste visant à établir une « société sans classe » et basé sur les principes « d’indépendance politique, » « d’auto-suffisance économique » et « d’autonomie militaire ». Le but suprême vise la réunification de la péninsule coréenne.

À partir du 20 octobre 1998, Kim Jong-Il (successeur de Kim Il-Sung) initia officiellement la politique de Songun qui vise à établir une prépondérance militaire sur l’économie étatisée. Selon cette doctrine, le renforcement de la puissance militaire doit accroître le développement économique. Rappelons que le service militaire dure 10 ans en Corée du Nord et qu’au cours de cette longue période les conscrits effectuent de nombreuses tâches socio-économiques (construction d’infrastructures à grande échelle). L’armée est donc appelée à jouer un rôle majeur et grandissant dans les domaines de l’économie et du social. En analysant scrupuleusement cette doctrine de Songun et sa mise en œuvre progressive dans le milieu des années 1990, on comprend mieux les fondements de la politique militariste du bouffon cacochyme et paranoïaque Kim Jong-Il.

À l’occasion de la commémoration du 60e anniversaire de la fondation de la Corée du Nord, le président russe Dmitri Medvedev envoya un message de félicitation au fantasque Kim Jong Il, pourtant absent lors du grandiose défilé militaire. En raison de sa disparition de la scène politique durant plus de trois semaines (août-septembre 2008), la santé chancelante du tyran nord-coréen alimenta les spéculations vaseuses des « experts » de comptoirs. En revanche dans le cadre de la succession programmée de Kim Jong-Il, des géopolitologues avisés évoquèrent les affrontements récurrents entre l’appareil militaire et les apparatchik technocrates.

Échecs pathétiques d’une politique militariste

Vue satellite du site nord-coréen soupçonné de fabriquer le missile balistique à longue portée Taepodong-2

Vue satellite du site nord-coréen soupçonné de fabriquer le missile balistique à longue portée Taepodong-2

Kwangmyongson-1 (littéralement « étoile brillante ») fut le premier satellite artificiel lancé par la Corée du Nord le 31 août 1998. Propulsé à l’aide du lanceur Baedonksan-1 (dérivé civil du missile Taepodong-1), ce satellite permettait à la Corée du Nord de devenir la 9e puissance spatiale de l’histoire mondiale après les USA, la Russie, la Chine, le Japon, l’Inde, l’Iran, Israël, le Royaume-Uni et la France. Mais le commandement nord-américain de la Défense aéro-spatiale a ouvertement mis en doute le lancement du satellite Kwangmyongson-1 car il avait détecté une interminable trainée de débris sur plus de 4.000 kilomètres. De même, le satellite n’avait été capté par aucun signal radio ou radar. Une défaillance technique aurait provoqué l’échec de sa mise en orbite.

Missile balistique de moyenne portée (2.000 km), le Taepodong-1 comprenait deux étages (missiles Nodong-1 pour le premier et type Scud pour le second). Les experts occidentaux pensent qu’il pourrait servir de vecteur pour une arme nucléaire. De même, avec un troisième étage (NKSL-1) le Taepodong-1 serait en mesure de lancer des engins spatiaux. Ce missile Taepodong-1, qui devait assurer le 31 août 1998 la mise en orbite du satellite Kwangmyongson-1, s’est écrasé dans une zone fréquentée de pêche dans la Mer du Japon provoquant un incident diplomatique avec Tokyo. On comprend donc mieux la panique politique qui s’est récemment manifestée au Japon (cf les grandes manœuvres militaires aériennes et maritimes en Mer du Japon et dans l’Océan Pacifique). D’après les experts américains, le troisième étage du missile se serait détaché peu après son lancement de la base militaire de Musudan-Ri.

Le Taepodong-2 est un missile balistique de longue portée (théoriquement de 3.500 à 4.600 km, 6.700 km au maximum) doté de plusieurs étages et possédant une technologie qui ne dépasse pas celle des années 60 puisqu’il est en grande partie copié sur une version évoluée du R-12/SS-4 Sandal (le même type de missile que ceux lors de la crise de Cuba en 1962). En raison de sa petite capacité, il serait susceptible d’être armé avec des charges chimiques, biologiques ou même nucléaires, du moins en théorie. Comme la Corée du Nord aurait bénéficié de diverses aides pour sa conception (fonds de l’Iran et expertise de la Chine), les néo-conservateurs et leurs alliés ont hurlé à la conspiration mondiale islamo-marxiste. Selon des experts occidentaux, le Taepodong-2 serait en mesure de frapper l’Alaska, l’archipel hawaïen et la côte occidentale des USA (Californie, Orégon et État de Washington). Mais rien ne permet de valider cette estimation qui se base sur des rapports des agences spéciales américaines (CIA, NSA, DIA…).

Le 4 juillet 2006, la Corée du Nord procéda à sept tirs de missile balistique selon les USA et une dizaine selon les Russes. Parmi ce festival de tirs, il y en eut un d’essai : celui du missile balistique Taepodong-2. Ce test nord-coréen fut un échec puisque ce missile s’écrasa à seulement quelques centaines de kilomètres de la base de lancement après un « vol » limité à 40 secondes ! Selon un commentateur russe de l’agence de presse Ria Novosti, le missile Taepodong-2 aurait été délibérément détruit par le centre de contrôle nord-coréen. Pour les experts américains, sa chute s’expliquerait par des défaillances techniques. À l’époque, on évoqua « la crise des missiles nord-coréens » qui eut un retentissement diplomatique international.

Malgré cet échec de Pyongyang, les Occidentaux veulent faire croire que la Corée du Nord, aidée par les Iraniens, menacerait l’équilibre géopolitique et la paix au niveau mondial ! Cette nouvelle tension avec la Corée du Nord apparaît bien pratique pour certaines puissances occidentales qui veulent ainsi médiatiquement détourner leurs opinions publiques des questions économiques, autrement plus inquiétantes en ces temps de crise globale, que quelques essais plus ou moins réussis d’un petit pays de la péninsule coréenne qui vit, avec plusieurs décennies de décalage technologique, économique et politique, détaché du reste du monde.

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