Géopolitique : Zoom sur le Xinjiang entre Occident et Orient

Marche de l’Eurasie continentale au cœur de l’Asie Centrale, la région autonome du Xinjiang recèle d’immenses réserves naturelles en gaz et pétrole. Carrefour entre l’Occident et l’Orient, le Xinjiang possède une fabuleuse histoire (géo)politique, commerciale et religieuse. Partie intégrante de la Chine, le Xinjiang subit une déstabilisation politique provoquée par des séparatistes extrémistes et islamistes. Le Xinjiang constitue un enjeu géopolitique majeur puisque d’un côté, la Chine défend son intégrité territoriale et que de l’autre les États-Unis soutiennent ouvertement les indépendantistes ouïghours extrémistes et islamistes.

Dunes dans l'immense désert de Taklamakan au Xinjiang

Dunes dans l'immense Désert de Taklamakan au Xinjiang

Xinjiang : aperçu géographique et économique

Avec le Tibet, la Mongolie intérieure, le Guangxi (sud, limitrophe du Viet-Nam) et le Ningxia (minorité musulmane des Hui), le Xinjiang constitue l’une des cinq régions autonomes de la Chine. Avec une superficie de 1.626.000 km2 et 5.400 km de frontières extérieures, le Xinjiang occupe un sixième du territoire chinois.

Politiquement et administrativement, le Xinjiang est entouré par le Tibet au sud, les provinces chinoises de Qinghai et Gansu au sud-est, par la Mongolie extérieure à l’est et la Russie (Sibérie) au nord et enfin à l’ouest par le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, l’Afghanistan, le Pakistan et la partie du Cachemire contrôlé par l’Inde. Enfin, le Xinjiang assure l’administration de l’Aksai-Chin, zone stratégique revendiquée conjointement par la Chine et l’Inde qui le considère comme partie intégrante de l’État de Jammu et Cachemire.

Avec une population de 1.600.000 habitants, Ürümqi est la capitale du Xinjiang. Situé à environ 2.500 km de la mer la plus proche, Ürümqi est la ville la plus continentale de la planète.

Sur un plan géographique, le Xinjiang apparait au premier abord comme un territoire ingrat à la fois montagneux et désertique. Son altitude minimale est située à 155 m sous le niveau de la mer et son altitude maximale est de 8.611 m à la frontière du Cachemire.

Géographie physique et touristique du Xinjiang

Géographie physique et touristique du Xinjiang

Le Bassin du Tarim est un immense bassin fluvial de 400.000 km2 en grande partie désertique. Cette zone de dépression est entourée par de hautes chaînes de montagne : Tian Shan au nord, Pamir à l’Ouest et Kunlun au sud (limitrophe avec le Tibet). La majeure partie de ce bassin est occupée par le Désert de Taklamakan dont l’amplitude thermique oscille entre -40° et +50°. Avec ses 337.000 km2 de sable et des dunes de 40 mètres, cette étendue inhospitalière surnommée « le Désert de la Mort » est le 3e désert au monde après le Sahara et le Kalahari en Afrique australe. Long de 2.030 km, le fleuve Tarim le traverse d’ouest avant de disparaitre dans les eaux salées du marécage Lop Nor. Particulièrement isolé, Lop Nor fut le théâtre de 45 essais nucléaires chinois entre 1964 et 1996. 23 essais nucléaires (dont le dernier en 1980) furent réalisés dans l’atmosphère.

Néanmoins, le Bassin du Tarim comprend de nombreuses oasis dont la plus remarquable est Tourfan ou Turpan, réputé pour ses raisins secs et étape incontournable pour l’ancienne route commerciale de la soie. En raison de sa géologie complexe, le Xinjiang recèle d’immenses réserves en charbon, gaz et pétrole. D’ailleurs au printemps 2009, des géologues miniers du Xinjiang avaient découvert dans le Lac Aidin près de Tourfan une immense réserve carbonifère. Le Xinjiang abrite la plus importante production de pétrole en Chine.

L’imposante chaîne de montagne Tian Shan borde au nord et au nord ouest le Désert de Taklamakan. Situé à la frontière sino-kirkhiz, son sommet de 7.439 m est dénommé Jengish Chokusu par les kirghiz et Pic Pobedy par les russes.

Avec une superficie de 380.000 km2, le Bassin de Dzoungarie se compose de zones semi-désertiques et tempérées dans la partie septentrionale du Xinjiang. Bordé au nord par la chaîne de l’Altaï, au sud par le Tian Shan et à l’est par le Désert de Gobi, ce bassin géologique aride abrite dans sa partie centrale le Désert de Dzoosotoyn Elisen (48.800 km2) où se situe le point du globe le plus éloigné de la mer (2.600 km).

Carte des peuples d'Eurasie en 1200 avant l'invasion mongole

Carte des peuples d'Eurasie en 1200 avant l'invasion mongole (cliquez pour agrandir la carte)

Xinjiang : aperçu historique, religieux et ethnique

Centre historique de Kashgar, oasis commerciale située à l'extrémité occidentale du Désert de Taklamakan et dominée au nord par les hautes montagnes de Tian Shan

Centre historique de Kashgar, oasis commerciale située à l'extrémité ouest du Désert de Taklamakan et dominée au nord par les hautes montagnes de Tian Shan

Géopolitique : séparatisme, islamisme et ingérence US

Selon le dernier recensement de 2004, le Xinjiang compte 19.630.000 habitants ce qui représente une densité moyenne de 11,83 hab/km2. Sur les 23 millions de musulmans chinois, le Xinjiang en compte un peu plus de 11 dont 8,68 millions d’Ouïghours. Figurant parmi les 56 nationalités « ethniques » officiellement reconnues en Chine, les Ouïghours représentent 45 % de la population totale du Xinjiang. Une infime minorité d’Ouïghours vit à Pékin et dans la province méridionale de Hunan. En dépit des rapports alarmistes des « droits de l’hommistes » occidentaux, leur population augmente à chaque recensement. En 1990, on dénombrait 7.214.431 Ouïghours et en 2000 leur population s’était fortement accrue avec 8.399.393 habitants. Parmi les 2,4 millions de musulmans restants, on relève les Kazakhs (7 %), les Hui (5 %), des Tadjiks, Kirghizs, Ouzbeks et Tatars.

Représentant environ 41 % de la population du Xinjiang, les Han (ethnie majoritaire en Chine) forment la composante essentielle des non-musulmans de la région autonome. Avec la conquête mandchoue des Qing aux XVIII-XIXe Siècle, les Han furent encouragés à s’établir comme colons dans l’immense Xinjiang. Depuis 1949, leur nombre s’accroit régulièrement dans les zones rurales et urbaines du Xinjiang. Malgré des conditions climatiques extrêmes, les Han pratiquent l’agriculture dans les zones protégées par les tempêtes de sable. Dans les agglomérations urbaines, ils occupent des postes de fonctionnaire et de cadre. Comme naguère pour les Français d’Algérie, ils sont victimes d’ostracisme et de jalousie malgré leur contribution essentielle au développement économique du Xinjiang. La capitale Ürümqi, siège du gouvernement autonome du Xinjiang, compte 75 % de Han parmi ses 1.600.000 habitants. Comme pour le Tibet montagneux et isolé, l’ambitieux projet des « autoroutes rurales » est destiné à désenclaver la région autonome et à accélérer son récent essor économique. De nombreuses oasis, sièges de bourgs semi-ruraux et de petites agglomérations urbaines, souffrent encore de leur isolement par rapport aux grands axes routiers. Par conséquent, il faudra beaucoup de temps au Xinjiang (comme pour le Tibet) pour qu’il rattrape son retard économique par rapport aux provinces maritimes.

Vue partielle du dynamique centre commercial de Ürümqi, capitale provinciale de la région autonome du Xinjiang

Vue partielle du dynamique centre commercial de Ürümqi, capitale provinciale de la région autonome du Xinjiang

Parmi les deux points noirs du Xinjiang figurent les 45 essais nucléaires entre 1964 et 1996 autour du marécage salé de Lop Nor. En raison de la présence permanente de populations ouïghoures et de conditions de sécurité dérisoires, voire inexistantes au départ, on assista à une logique prolifération de cancers, de malformations à la naissance et de décès prématurés. Outre l’inévitable pollution radioactive et le désastre écologique, les essais nucléaires ont ravivé la colère et l’hostilité des ouïghours envers les chinois. De même, les plus importants camps de travail (Laogaï) furent construits dans le Xinjiang. Ils sont prioritairement destinés aux criminels les plus endurcis. Néanmoins, des dizaines de criminels réussissent annuellement à s’en évader et sèment la terreur dans les villages avoisinants. Après leur libération, tous les criminels ont l’obligation de résider au Xinjiang.

Signalons que après 1949 un grand nombre d’Ouïghours a quitté le Xinjiang pour émigrer. Actuellement, 300.000 Ouïghours vivent dans le Kazakhstan (capitale Almaty). Comme la Turquie octroie la nationalité turque à l’ensemble des populations de souche et/ou turcophones d’Asie centrale et du Xinjiang, 10.000 ouïghours ont décidé de se fixer en Turquie. On compte une poignée d’activistes extrémistes et séparatistes au sein de cette population immigrée en Turquie. D’autres se sont fixés aux États-Unis, en Australie, en Arabie-Saoudite. En Europe, des immigrés ouïghours se sont logiquement installés en Allemagne qui abrite déjà une nombreuse immigration turque. En raison de leur politique libérale en matière d’asile, la Suisse et la Norvège ont accueilli des ouïghours.

Comme pour les Tamouls immigrés à Paris, cette diaspora ouïghoure est loin de se cantonner à des activités purement culturelles. Avec la complicité d’associations immigrationnistes et/ou droits de l’hommistes, certains immigrés ouïghours continuent de se livrer ouvertement à des activités séparatistes et extrémistes. La forme politique varie selon les pays et continents.

La plus ancienne organisation politique « le Comité pour le Turkestan Oriental » est basée à Almaty. Constituée à l’origine par des insurgés ouïghours actifs sous la 2e République du Turkestan Oriental entre 1944 et 1949, cette organisation aurait récemment renforcé ses activités politiques depuis sa base kazakh. Ancien dirigeant indépendantiste, Aysa Beg s’était réfugié en Turquie après l’incorporation du Xinjiang à la Chine en 1949. Qu’elles soient officiellement culturelles ou officieusement activistes, les premières associations ouïghoures ont émergé en 1965 en Turquie. Basé à Munich (Bavière, Allemagne du Sud), le Congrès Mondial des Ouïghours (DUK) se présentait jusqu’en 2004 comme l’unique institution représentative. Bénéficiant de la mansuétude des autorités gouvernementales américaines, le « Gouvernement en Exil du Turkestan Oriental » fut fondé en grande pompe le 19 septembre 2004 à Washington. Cette institution fantoche, qui s’est même dotée d’une constitution traduite en 4 langues (anglais, turc, chinois, japonais), prône officiellement un régime parlementaire et prétend assurer la direction du gouvernement lors d’une hypothétique indépendance du Xinjiang. Derrière ce masque affiché de modération, perce un activisme extrémiste qui correspond aux aspirations radicales de la jeune génération d’immigrés ouïghours. On remarque que, les USA qui prétendent fallacieusement combattre le « péril islamiste » au Moyen-Orient et en Asie centrale, protègent sur leur propre sol de véritables organisations extrémistes et islamistes. Signalons que les relations politiques entre le Congrès Mondial des Ouïghours (DUK) qui ne reconnait pas ce « gouvernement  » en exil sont conflictuelles et très difficiles.

En ce qui concerne le Xinjiang intérieur, l’activisme ouïghour extrémiste et islamiste s’est manifesté à la fin des années 1980 avec l’assouplissement relatif du régime communiste. Parmi ces activistes, figurent de nombreux jeunes ouïghours délinquants et toxicomanes pour certains d’entre eux. Faiblement instruits et manipulés par des dignitaires « religieux » fondamentalistes, ces « jeunes » recherchent avant tout les affrontements violents avec la police. Même si certains groupuscules comptent une poignée d’activistes utopistes avec une vague conscience politique, ceux-ci constituent d’abord le repaire de criminels et trafiquants plus ou moins « islamistes ». Néanmoins, les violentes émeutes ethniques des années 1990 correspondent à une réislamisation en cours au Xinjiang et en Asie centrale.

Afin de contrebalancer une propagande « droit-de-l’hommiste » à sens unique, signalons qu’actuellement la Chine compte 30.000 mosquées en fonctionnement et que durant la période communiste, la religion musulmane fut la moins persécutée par rapport aux autres car la Chine désirait conserver de bonnes relations diplomatiques avec les pays musulmans du Proche et Moyen-Orient. Même si des Corans furent brûlés dans de grands autodafés publics lors de la « Révolution Culturelle » de 1966 à 1976, la Chine s’est plutôt montrée bienveillante à l’égard des musulmans en autorisant les pèlerinages annuels à la Mecque (Arabie Saoudite) et en accédant à leurs multiples revendications (enseignement, bannissement du porc) dans les districts où ils sont majoritaires.

Examinons maintenant les prétextes de ces émeutes ethniques : le soulèvement « populaire » d’avril 1990 à Akto fut provoqué par le refus des autorités chinoises de construire une énième nouvelle mosquée et celui du 5 février 1997 à Guldja démarra la veille de Ramadam avec l’arrestation de 30 dignitaires fondamentalistes, provoquant des violences urbaines commises par 600 « jeunes » ouïghours et des représailles à l’encontre des Han. Enfin, divers actes criminels se sont déroulés au Xinjiang en août 2008 sur fonds de Jeux Olympiques à Pékin. Quatre jours avant l’ouverture grandiose des JO, le 4 août 2008 un poste de police est attaqué à Kashgar par des terroristes qui tuent 16 policiers.

Parmi la multitude de groupuscules terroristes, séparatistes et islamistes, deux se sont récemment faits connaître au Xinjiang et jusqu’en Occident :

Carte géographique et historique des 2 branches de la Route de la Soie au Xinjiang

Carte géographique et historique des 2 branches de la "Route de la Soie" au Xinjiang

Outre le Pakistan, le Kazakhstan et le Kirghizistan coopèrent avec la Chine dans la lutte contre le terrorisme islamiste en Asie centrale. Ces trois pays ont extradé vers la Chine de dangereux criminels et séparatistes islamistes ouïghours. En revanche, les États-Unis jouent un rôle plus trouble qui s’apparenterait presque à une certaine complaisance à l’égard du séparatisme islamiste en Asie centrale. Comme nous l’avons vu, les organisations terroristes ouïghoures sont polymorphes et autarciques. Néanmoins, une infime minorité d’extrémistes ouïghours est allée s’entrainer à la guérilla en Afghanistan. Après les attentats du 11 septembre 2001, les Américains ont arrêté 22 terroristes ouïghours qui s’entrainaient dans les camps afghans attribués à Ben Laden. Ces 22 criminels furent transférés par les américains dans leur base militaire de Guantanamo. Malgré les demandes d’extradition réitérées par la Chine, les USA préfèrent les garder chez eux sous prétexte que le Xinjiang est la seule province à condamner communément à  la peine capitale et à exécuter les prisonniers politiques. Cette attitude ambigüe surprend d’autant plus que dans de nombreux États les USA pratiquent également la peine de mort contre les criminels endurcis. Comme pour la Guerre d’Indochine (1946-1954), celle d’Algérie (1954-1962), ou le Kosovo en 1999, on remarque que loin de « protéger » l’Occident contre le communisme et l’islamisme, les USA appuyaient et continuent de soutenir ouvertement des séparatismes hier marxistes et aujourd’hui islamistes.

Malgré la menace du séparatisme extrémiste et islamiste des Ouïghours les plus radicalisés, le Xinjiang profite de son statut de région autonome au sein de la Chine pour amorcer un développement économique. Carrefour historique, religieux, commercial et économique aux marches de l’Eurasie continentale, le Xinjiang continue d’être une vaste zone tampon (voire un far west pour certains) entre l’Occident et l’Orient.

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Commentaires

bonjour, ayant eu l’occasion de faire cet été un voyage sur la Route de la Soie, j’ai depuis écrit un livre de souvenirs et d’impressions, principalement destiné à mon entourage familial et amis. Je compte y joindre des photos que j’ai prises, mais également la carte ci-dessus et intitulée « carte géographique et historique des 2 branches de la Route de la Soie » que je trouve particulièrement claire. j’y ajouterais seulement mon propre parcours avec les escales (ex Khiva, Bishkek, col de Torugart) et péciserais d’où provient cette carte. Accepteriez-vous de me donner votre accord pour une telle utilisation ? Je vous remercie par avance pour votre réponse. B. Lugaz

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