Revue de presse

Le Figaro – 3 JUIN 2009
LE DERNIER TOUR DE PISTE EUROPEEN DE LE PEN
Le président du FN, qui aura 81 ans le 20 juin, prévoit de passer la main dans deux ans.
Plus d’un demi-siècle le sépare de sa première campagne électorale, lors des législatives de 1956. Jean-Marie Le Pen, qui fut à l’époque le benjamin de l’Assemblée nationale, est en passe de devenir le doyen du Parlement européen s’il est réélu dimanche. Tête de liste dans la région Sud-Est, qui regroupe Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur et la Corse, le président du Front national brigue pour la dernière fois les suffrages des électeurs aux européennes. Il entend conduire la liste du parti aux régionales de l’an prochain dans la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Avant de transmettre en 2011 la présidence du FN à celui des deux candidats déclarés – Marine Le Pen et Bruno Gollnisch – qui saura obtenir la confiance des adhérents.
L’homme politique le plus controversé de France s’emploie à rester un emblème de la contestation, un rôle désormais disputé par François Bayrou. Lors d’un meeting qui a réuni plus de mille sympathisants jeudi à Villeurbanne, dans la banlieue de Lyon, le leader frontiste a qualifié de « rapt » la conquête d’une partie des voix du FN par Nicolas Sarkozy en 2007. Il a dépeint l’hôte de l’Élysée comme un fossoyeur de « l’exception française » dans tous les domaines. Avant d’appeler ses électeurs à revenir à lui, sous les applaudissements de ses fidèles.
Qu’éprouve-t-on après tant de résultats électoraux en dents de scie, une accession au second tour de la présidentielle en 2002, puis un échec cinq ans plus tard ? « Je vois les choses avec une certaine sérénité, que donne l’expérience des hommes, répond Le Pen. Et je mesure mon mérite lors d’une campagne à la peine que je me donne. » Quoi qu’il en soit, en privé, l’homme change d’humeur et de registre avec une aisance déconcertante. Après une discussion un peu tendue avec son interlocuteur, il lui arrive de pouffer de rire comme un enfant qui aurait réussi une bonne farce.
Quand « François a fait semblant de s’évanouir »
« Lorsque j’ai interpellé le président du Conseil à la Chambre… » Le président du FN aime à raconter ses souvenirs de jeune député de 1956 à 1962. L’ancien fidèle de Pierre Poujade, porte-parole des petits commerçants, dépeint son débat public avec Edgar Faure à Dole – « on mourait de froid » – et avec François Mitterrand à Nevers. « François a fait semblant de s’évanouir quand il a vu que la salle lui était hostile », affirme-t-il. Son seul regret avoué est de n’avoir pas osé se présenter à la présidentielle de 1965 et de s’être alors effacé devant Jean-Louis Tixier-Vignancour.
On mesure en tout cas son amertume à l’égard des gaullistes au cri du cœur qu’il eut le soir des européennes de juin 1984, date où le FN – jusqu’alors minuscule – obtint 10,95 % des voix : « C’est la fin de la Ve République ! » Mais c’est le moment de reprendre la route pour une autre réunion publique et Le Pen s’arrache aux souvenirs. Il commente avec plaisir l’actualité pendant les trajets en voiture. Puis ce natif du Morbihan, qui aura 81 ans le 20 juin, lâche en guise de mise au point : « Je n’ai pas peur de l’Ankou », ce personnage des légendes bretonnes qui collecte dans sa charrette grinçante les âmes des défunts.
Guillaume Perrault
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Libération – 2 JUIN 2009
DANS LE NORD, MARINE LE PEN POURSUIT SON CH’TI BOUT DE CHEMIN
Extrême droite. La tête de liste FN est dans le Nord-Ouest sur ses terres d’élection.
Le Pen, la benjamine des trois filles du chef, possédait déjà le patronyme et la marque de fabrique. Elle a su imposer son prénom dans la région Nord-Pas-de-Calais. Avec ces deux atouts, Marine Le Pen tente de regonfler un parti d’extrême droite laissé à terre après la présidentielle et les législatives.
Carillonneur. La vice-présidente du Front national entend bien faire de cette région qui lui est acquise le laboratoire du FN de demain, quand elle en aura enfin pris les rênes. « C’est vrai ! Ici, la greffe a pris. Je ne sais pas trop comment, mais cela s’est passé naturellement », croit-elle savoir. La grande blonde, la fille sympa, estime s’être imposée en pays ch’ti. Et, sur le marché de Bergues, dans les Flandres, là où a été tourné Bienvenue chez les Ch’tis, au son du carillonneur, les badauds l’interpellent par son prénom. Même les trois militants du NPA, préposés à la distribution des tracts, ne bronchent pas. « Tiens, mais c’est Marine ! Alors on est venu faire un ch’ti tour chez nous », plaisante un passant. La candidate aux élections européennes dans la région Nord-Ouest, qui englobe également les deux Normandies, distribue, tout sourire, ses brochures en tentant de mobiliser les derniers hésitants :« Votez contre l’arnaque européenne. Vous avez encore quelques jours pour faire votre choix. »
Elle veut prouver que le FN, dont elle héritera sans doute à l’occasion du prochain congrès, à l’automne 2010, est toujours dans la course. Et grâce à elle. « Il nous faut reprendre la main dans une si-tuation très difficile, et montrer que nous sommes capables de retrouver une par-tie de nos électeurs », explique-t-elle. Pour Marine Le Pen, ce scrutin sera l’occasion de faire la démonstration de sa « légitimité militante, interne et électorale » pour mieux s’imposer lors du congrès. La légitimité militante, elle s’affichait à Wingles (Pas-de-Calais), en plein bassin minier, lors d’une fête champêtre, brochettes et merguez, même pas troublée par une quinzaine de militants antifascistes face aux 600 convives réunis. Photos souvenirs et bises sur les joues de tous les gamins passant à proximité.
Le scrutin européen pas encore joué, Marine Le Pen prépare déjà la confirmation de sa légitimité électorale et la municipale partielle des 28 juin et 5 juillet à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) après la mise en examen et la révocation du premier magistrat socialiste de la ville, Gérard Dalongeville. Contrairement à son père, qui a toujours méprisé les élections locales, elle pense qu’« elles consti-tuent le dernier rempart quand les vents sont contraires. Sans implantation locale, sans les municipales, il n’y a pas de di-gues en cas de revers électoraux ».
Triangulaire. A Hénin-Beaumont, aux élections de mars 2008, la liste du Front national, où elle figurait en deuxième po-sition, avait récolté près de 29 % des suffrages dans une triangulaire au second tour. Devant son public ch’ti, elle dénonce « la mafia locale en cols blancs », les socialistes qui n’ont rien fait contre les délocalisations, « les fous de Bruxelles, hybrides entre les fous de Bassan et les choux de Bruxelles, qui ont construit un monstre froid, une machine à fabriquer des chômeurs ». Avec les mêmes accents que son père.
Par CHRISTOPHE FORCARI BERGUES et WINGLES, envoyé spécial
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Minute – 3 / 8 JUIN 2009
MARINE LE PEN, VICE-PRESIDENTE DU FRONT NATIONAL : « IL FAUT OBTENIR L’IMPLOSION DE L’UNION EUROPEENNE »
Tête de liste pour le Front national dans la circonscription Nord-Ouest, Marine Le Pen est persuadée que l’ère des Etats-nations n’est pas révolue. Au contraire, elle pense que c’est une idée d’avenir. Et que pour préserver la France, il ne faut pas hésiter à faire imploser l’Europe. En cessant de la subventionner. Et en sortant de l’euro !
” Minute : Cette campagne aura été très particulière. Peu voire pas d’espaces de débat, aucun thème dominant. Avez-vous néanmoins pu vous exprimer ?
Marine Le Pen : Non. Il y a eu une double volonté, médiatique et politique, qu’il n’y ait pas de débat, donc pas d’intérêt des Français pour ce scrutin, et qu’ils s’abstiennent. Le but aura été d’empêcher toute mobilisation, parce que celle-ci, si elle avait pu s’enclencher, aurait sans doute eu les mêmes conséquences que lors du référendum de 2005 sur le projet de traité constitutionnel : un vote massif de rejet du système, d’indignation voire de colère.
Le temps de parole qui a été accordé au Front national, comme à tous les tenants du non au référendum de 2005, est absolument dérisoire. Rendez-vous compte qu’il n’y aura eu aucun débat télévisé national, hormis celui qui va se tenir ce jeudi sur France 2. Il n’y aura eu que de mini-débats régionaux, qui ne pouvaient absolument pas changer la donne : quand cinq candidats se retrouvent autour d’une table avec cinq thèmes imposés et qu’ils disposent d’une minute quinze par sujet, comment voulez-vous argumenter ? Nous avons vécu une campagne indigne d’une démocratie.
” L’explication officielle à cette absence de débat est que l’Europe n’intéresse pas les Français. Lors de vos déplacements, est-ce ce que vous avez constate ?
Pas du tout. Je ne crois pas que les Français se désintéressent de l’Europe. Ce que je crois, en revanche, c’est que ceux qui sont les plus opposés à l’Europe rechignent à désigner des représentants qui iront siéger dans une structure dont ils contestent les pouvoirs. Si je les comprends, je les mets en garde : ce serait une erreur politique majeure de s’abste-nir, parce qu’on ne peut pas, en même temps, regretter que 80 % des lois votées à l’Assemblée nationale ne soient que l’application de directives européennes, et refuser de porter le combat de la souveraineté des Etats nations dans l’enceinte du Parlement européen.
De surcroît, je les appelle à prendre conscience que l’enjeu majeur du 7 juin va être l’entrée au Parlement européen de députés de tous pays défendant la souveraineté de leurs pays respectifs. Ce serait pour le moins regrettable que ce soit proportionnellement la France qui en envoie le moins.
” Vous pensez donc que la nation est une idée neuve en Europe ?
Oui, je crois que nous allons assister au grand retour des Etats nations. La grande idée d’avenir, c’est celle-là.
” Le Front national avait prévu de faire campagne sur les thèmes : « Mon emploi avant leur Europe », « Ma sécurité avant leur Europe ». etc. Finalement, le slogan a été modifié pour devenir « Mon emploi avant l’Europe », « Ma sécurité avant l’Europe », etc. Cela veut.il dire que ce n’est plus l’Europe de Bruxelles que vous combattez mais l’Europe en général ?
Non, c’est bien sûr l’Europe de Bruxelles que nous combattons, mais le mot Europe est devenu un terme générique désignant, non plus un espace culturel, mais la construction européenne que nous subissons et le quasi-synonyme d’Union européenne.
” Et que reprochez-vous à cette Union européenne ?
A peu près tout, à commencer par le fait fondamental que l’Union européenne est devenue une Union soviétique européenne.
Dans ces conditions, et contrairement à ce que dit Philippe de Villiers, je ne vois pas comment on pourrait améliorer l’Union européenne. Il faut dire les choses clairement : on ne peut pas améliorer l’Union européenne comme on ne pouvait pas améliorer l’Union soviétique. L’Union européenne est fondée sur des bases qui sont totalement viciées, et il faut donc obtenir l’implosion de l’Union européenne. Lorsque cet objectif sera atteint, nous pourrons alors, sur les débris de cette machine à fabriquer des chômeurs et à broyer les identités, reconstruire une Europe des Etats nations, indépendants et souverains, qui lutteront ensemble, de manière volontaire, contre des maux qui leur sont pour beaucoup communs.
” Comment se présenterait cette Europe-Ià ? Aurait-elle un parlement ? Aurait-elle une commission ?
Il n’y aurait certainement plus de commission ! L’Europe doit se faire au niveau des Etats nations. Donc la coopération doit s’effectuer entre Etats de pays démocratiques dont les responsables sont les réels représentants de la souveraineté des peuples.
” Jean-Louis Bourlanges, ancien député centriste au Parlement européen où il a siégé durant dix-huit ans, expliquait dans « le Point » que les plus grandes avancées dans la construction européenne (la Pac, le marché intérieur, l’euro, etc.) n’avaient été obtenues que « par le jeu de mécanismes décisionnels efficaces et contraignants » et non par une coopération interétatique.
Certes, mais Jean-Louis Bourlanges tient pour des succès ce que je considère comme des échecs ! L’euro en est d’ail-leurs un bel exemple, puisque cette monnaie unique qui devait apporter; selon l’UMP, le PS, le Modem, les Verts, etc., la croissance et l’emploi, n’a, ainsi que nous en avions averti les Français, apporté ni l’une ni l’autre. L’euro est un échec total !
Non seulement il est un échec, mais cette « politique contraignante » qu’on a imposée à la France pour répondre aux critères de convergence de l’euro est la raison principale de l’explosion de la dette française. Au début des années 1990, quand nous avons commencé à mettre en place cette politique de convergence vers l’euro, la dette publique de la France était de 35 % du PIB. Aujourd’hui, nous frôlons les 70 % !
L’euro, loin de nous préserver de la crise et de nous apporter la croissance et la prospérité, a contribué à l’explosion du chômage et à un affaiblissement économique fatal de la France.
” Il faut donc sortir de l’euro ?
Vouloir imposer la même politique monétaire, donc budgétaire, à des pays qui ont des niveaux économiques aussi différents que ceux de la zone euro, c’est comme vouloir soigner tous les enfants malades d’un hôpital avec les mêmes traitements. Le risque est prévisible : ça fait des morts.
Alors oui, je pense qu’il faut sortir de l’euro monnaie unique, et au plus vite, dans la mesure où c’est comme au restaurant : c’est le dernier qui sortira qui paiera l’addition !
” Ce qui veut dire revenir à une monnaie commune comme l’était l’écu, et rétablir les monnaies nationales comme le franc ?
Absolument : rétablir les monnaies nationales, c’est rétablir également la liberté en matière de politique budgétaire et monétaire, et donc en matière de politiques économiques et sociales, de chaque Etat, et c’est une part non négociable de nos libertés.
” Et, dans le même temps, se libérer des critères de convergence de Maastricht ?
Bien sûr; et économiser au passage les 7 milliards d’euros que la France dilapide chaque année dans l’Union européenne ! Tous les ans, la France verse une contribution de 19 milliards d’euros à l’UE, dont celle-ci ne nous rend que 12 milliards, politique agricole commune incluse. Il y a donc 7 milliards d’euros qui sont gaspillés dans des politiques qui, dans le meilleur des cas, n’ont rien à voir avec l’intérêt national, et qui, le plus souvent, sont néfastes à la France.
Je réclame donc que cette contribution française à l’Union européenne soit gelée le temps de la crise, et que nous mettions cette période à profit pour en renégocier le montant avant d’envisager d’en reprendre les versements. Il faut que les Français sachent bien que cette perte sèche pour la France, qui est donc de 7 milliards d’euros, a doublé en dix ans, alors que, dans le même temps, la contribution nette de l’Allemagne a dimi-nué de 40 % et celle de la Grande-Bretagne a baissé de 20 %.
” Suspendre cette contribution, ne serait-ce pas prendre le risque de faire imploser l’Union européenne ?
Cela y contribuerait sans nul doute, et alors ? La priorité absolue est de réserver cette manne considérable qui sort de la poche des contribuables français à l’économie française, y compris à nos agriculteurs indépendants, vis-à-vis desquels nous serions beaucoup plus efficaces que ne l’est le processus bureaucratique et technocratique de l’Union européenne, lequel, de surcroît, et comme toujours, a tendance à beaucoup soutenir les gros au détriment des petits.
” Le différentiel entre ce qu’on verse et ce qu’on reçoit s’explique par un principe, celui de la solidarité entre pays européens…
La solidarité européenne a bon dos. Concrètement, cela revient à mettre nos acteurs économiques en concurrence avec ceux de pays à très faible coût de production, parce qu’ils ont des salaires et des charges extrêmement bas, pas de protection sociale, pas de norme environnementale, etc. Non seulement on a mis le secteur économique en concurrence, mais en plus, on se sert de notre argent pour permettre à un certain nombre de pays européens de pratiquer un dumping social et fiscal !
Les 7 milliards d’euros qui nous sont prélevés chaque année servent aussi à aider un certain nombre de pays de l’Est – on ne peut pas leur en vouloir ; ils défendent leurs intérêts – qui en profitent pour prendre des mesures d’une totale déloyauté, comme l’a fait l’Estonie qui a réduit son impôt sur les sociétés à… O %, une véritable incitation aux délocalisations ! Et en plus, l’Union européenne, arc-boutée sur son dogme de la concurrence « libre et non faussée », interdit à l’Etat français de venir en aide à ses secteurs économiques fragilisés. C’est Ubu.
” Dans le cadre géopolitique d’un monde multipolaire, êtes-vous favorable à ce qu’il y ait des accords entre pays européens en matière de diplomatie et de défense ? Et à ce qu’il y ait dans ces domaines des abandons de souveraineté ?
Une défense commune, sous forme de coopération interétatique, est parfaite-ment envisageable à partir du moment où les Etats nations en décident ainsi. Mais je ne veux pas d’abandons de sou-veraineté, quel que soit le domaine.
” Est-ce que vous vous sentez européenne ?
Bien sûr : L’Europe est une réalité historique et culturelle dont j’ai conscience, mais cette réalité est riche de la spécificité et de l’identité de chacun des pays européens. Je trouve quand même incroyable que ceux qui défendent « la richesse de la diversité » pour nous faire accepter l’immigration passent leur temps à vouloir uniformiser les nations européennes et à faire disparaître leurs identités et leurs particularismes, alors qu’elles sont une des richesses de l’Europe.
” Vous siégez depuis 2004 au Parlement européen, à quoi cela a t-il servi ?
A défendre l’idée de l’Etat nation et à s’opposer; de manière minoritaire il est vrai, aux desseins de cet Etat fédéral en construction.
Je crois également que nous avons contribué à ouvrir les yeux des Français sur la vraie nature de l’Union européenne. La meilleure preuve est que notre voix a beaucoup porté lors du référendum de 2005. Et les agriculteurs que je rencontre ont pris conscience en quelques années de la responsabilité directe de l’Union européenne dans leur disparition programmée.
” Et demain, si vous êtes élue, à quoi cela servira-t-il ?
Je vous parlais de la possible arrivée, en nombre significatif, de députés défenseurs des Etats nations en provenance de tous les pays de l’Union européenne. Si c’est le cas, les choses seront différentes.
Car si nous avons vécu la dernière man-dature en peinant à faire entendre notre voix dans un Parlement européen majoritairement mondialiste, il n’en sera sûrement pas de même lors de la prochaine car nous aurons à nos côtés, en provenance de Bulgarie, d’Autriche, des Pays-Bas, de Grande Bretagne, des députés qui, comme nous, s’opposeront aux directives européennes qui exigent des abandons de souveraineté ou sont néfastes pour les peuples que nous représentons. Là, nous serons une véritable force.
” Est-il vraiment possible d’unir tous les nationalistes européens ? Durant cinq ans, Bruno Gollnisch, qui ne manque pas d’entregent, s’y est efforcé et n’y est parvenu que très brièvement. Les animosités et les ressentiments nationaux ont toujours dominé…
La volonté de constituer un groupe est parfaitement légitime, mais ce n’est pas la seule question. Même si nous n’y parvenions pas et nous retrouvions, nous, députés nationalistes européens, dans des groupes différents, l’important est que nous votions dans le même sens. Le véritable objectif est là. Il faut être honnête : le fait que nous ne soyons pas dans le même groupe que les députés villiéristes, par exemple, est regrettable, parce que cela nous affaiblit sur le plan de la procédure, mais, sur le plan politique, il nous est arrivé bon nombre de fois de voter dans le même sens, et on ne peut que se réjouir de cela.
” Pourquoi alors voter pour les listes du Front national plutôt que pour celles de Philippe de Villiers ?
Le plus grand reproche que l’on puisse faire à Philippe de Villiers, c’est d’être dans la contradiction : il dit s’opposer à un système et considérer Nicolas Sarkozy comme le symbole de ce système, or il contribue régulièrement, en dehors des élections européennes, à renforcer ce système. Il a appelé à voter pour Sarkozy au deuxième tour de la présidentielle et il a fait de même aux élections législatives pour nombre de députés UMP. Soit la politique de Nicolas Sarkozy est dramatique, ce que je pense, participe de l’extinction programmée de notre nation et nous devons nous opposer à lui en toute circonstance, quitte à y perdre la présidence d’un conseil général, soit c’est un combat intermittent, et dans ces conditions-là, c’est un combat stérile.
” Un des enjeux du scrutin du 7 juin n’est-il pas votre avenir politique per-sonnel ?
Non, je ne le crois pas. On me pose souvent cette question :« Si le Front national fait un mauvais score, est-ce que vous arrêterez ? » Je ne peux pas arrêter ! Le FN n’arrêtera jamais de défendre la France et les Français ! Nous pouvons subir des échecs, avoir des résultats électoraux décevants, comme cela a été le cas aux législatives de 2007, mais nous savons que la vie politique est faite de hauts et de bas. Le combat que nous incarnons est vital, nous le poursuivrons.
” Pourquoi avez-vous été aussi en pointe dans le soutien aux producteurs de lait ?
L’affaire des producteurs de lait est symptomatique d’une politique européenne qui laisse le champ libre à la grande distribution. Celle-ci est en train de tuer tout ceux qui veulent rester indépendants : petits commerces, agriculteurs, producteurs de lait, etc. L’UE renforce cette puissance d’argent qu’est la grande distribution alors qu’il faut au contraire en diminuer l’influence.
” Que proposez-vous ?
Nous proposons d’agir au niveau des quatre grandes centrales d’achat européennes, qui visent à faire disparaître purement et simplement la concurrence dans notre pays, car sous prétexte d’une concurrence libre et non faussée se constituent des quasi-monopoles. Dans le domaine de la vente d’articles de sport, par exemple, une grande centrale d’achat contrôle à elle seule 97 % de notre marché national !
” Les consommateurs y gagnent-ils des prix plus bas ?
Bien sûr que non ! Dans un premier temps, pour attirer le client et s’octroyer des parts de marché, la grande distribution pratique des tarifs plus bas que ses concurrents. Mais c’est purement tactique. A partir du moment où elle se retrouve en situation de quasi-monopole, donc sans concurrence, elle remonte considérablement ses prix et les consommateurs français se retrouvent entre les mains exclusives de cette grande distribution, puisque la concurrence a été tuée ! Il faut donc recréer une véritable concurrence dans notre pays en permettant au petit commerce de survivre et même de se développer.
” Et comment ?
Par exemple en décrétant qu’une centrale d’achat ne pourra pas fournir plus de 50 % du marché national. Mais il y a d’autres moyens, comme de revenir sur l’autorisation qui a été donnée à la grande distribution de s’installer dans les centres villes, et dont la conséquence est l’accentuation et l’accélération de la dis-parition du petit commerce. L’UE veut la mort du petit commerce.
” Mais ce petit commerce est souvent très cher…
Mais justement non ! C’est ce qu’on essaye de nous faire croire, alors qu’il suffit de comparer les prix pour découvrir que ce n’est pas le cas ! On s’aperçoit aujourd’hui qu’on trouve chez les petits commerçants et sur les marchés de nos provinces françaises, quand ils existent encore, des produits, par exemple les fruits et légumes, qui sont proposés à des prix au moins aussi compétitifs que ceux qui sont vendus dans la grande distribution, et dont la qualité est supérieure ! Or là encore, que fait la Commission européenne ? Elle veut leur mort ! L’information est passée complètement inaperçue mais la Commission européenne vient de condamner les producteurs de fruits et légumes à rembourser 300 millions d’euros à l’Etat français !
” Mais pour quelle raison ?
Parce que la Commission européenne a considéré que les aides qui leur ont été versées par l’Etat français entre 1992 et 2002 violaient les règles sacro-saintes de la concurrence européenne ! Ces aides visaient à financer un « Plan de campagne » dans le secteur des fruits et légumes, dont les destinataires finaux étaient les organisations de producteurs de fruits et légumes français, et ces fonds ont été payés par l’Office national interprofessionnel des fruits, des légumes et de l’horticulture (Oniflhor) pour faire face à une situation de crise.
On est vraiment dans le dogme : vous voyez une concurrence entre le marchand de primeurs de Figeac dans le Lot et celui de Vilnius en Lituanie ? S’ils doivent rembourser ces 300 millions d’euros, la filière disparaîtra.
” Ce sont vraiment les petits producteurs qui vont payer ?
Oui, et personne n’est au courant, même pas eux ! Comme avec le plan d’aide au secteur automobile, dont la Commission européenne a refusé qu’il soit assujetti à la protection des emplois nationaux. Conclusion : nous n’avons plus le droit de protéger nos filières nationales. Nicolas Sarkozy a supprimé ce qu’il appelait la « double peine » pour les délinquants et les criminels étrangers, mais il ne s’émeut pas qu’une véritable double peine soit appliquée aux travailleurs français. Car non seulement on verse sept milliards d’euros à fonds perdus à l’Union européenne mais en plus nous n’avons plus le droit d’affecter le peu d’argent qu’il nous reste pour permettre à nos emplois nationaux de survivre !
” Ce différentiel de 7 milliards d’euro pourrait-il être affecté en partie au maintien de services publics français ?
Ces sept milliards d’euros doivent être réservés à toutes les victimes de la crise, et les services publics en font partie. C’est une question de principe : un Etat doit avoir le droit de venir en aide à tous les acteurs qu’il considère comme essentiels à la survie du pays et de ses habitants, soit parce qu’ils fournissent de l’emploi aux Français, soit parce que ce sont des secteurs stratégiques pour son indépendance et sa souveraineté. Or l’Union européenne nous refuse ce droit élémentaire.
” Est-ce l’Union européenne qui force la France à ouvrir les services publics à la concurrence ?
L’Union européenne ne force pas la France : la France se sert de l’Union européenne pour faire disparaître les services publics ! Durant la campagne présidentielle, lors d’une conversation en « off » avec des journalistes mais qui avait bien sûr pour vocation d’être rapportée, Nicolas Sarkozy en a fait l’aveu en s’en félicitant. Il s’est ouvertement réjoui que l’Union européenne ait cassé les monopoles publics – parce que les monopoles privés, eux, comme je vous l’ai dit, se portent très bien.
Or le service public est un outil extra- or-dinaire, qui appartient aux Français. Ce sont les Français qui l’ont construit et ce sont eux qui en ont financé l’édification, dans un but bien précis : assurer l’égalité de services à tous les Français, quels que soient leur niveau social et leur situation géographique, dans les domaines de l’éducation, de la distribution du courrier, de l’alimentation en électricité, etc.
Les hommes politiques français qui s’appuient sur l’Europe pour faire disparaître les services publics, en ouvrant tous les secteurs à la concurrence, font une grave confusion entre les services publics en eux-mêmes, qui peuvent certes être améliorés, comme tout peut l’être, mais qui donnent satisfaction aux Français, et la mainmise des syndicats de gauche sur ceux-ci. Pour en finir avec cette main-mise, ils veulent se débarrasser des services publics ! C’est un peu comme si, ayant mis un incapable aux commandes d’un superbe TGV qui fonctionne très bien, vous décidiez de vous débarrasser du TGV au lieu de virer le conducteur !
” L’ouverture à la concurrence ne permettra-t-elle pas de faire baisser les prix ?
On nous a en effet expliqué que la mise en concurrence des services publics allait faire baisser les prix. Prenons un exemple : le prix de l’électricité. Avant la mise en concurrence d’EDF, il était le deuxième plus bas d’Europe ; il est aujourd’hui le sixième plus haut !
Autre exemple, qui porte cette fois sur la qualité du service : lors des grandes tempêtes de janvier dernier dans le Sud-Ouest, on s’est étonné de la lenteur avec laquelle le courant a été rétabli pour les particuliers abonnés à EDF. Le délai a été beaucoup plus long que lors de la grande tempête de 1999. La raison est simple : c’est parce qu’EDF s’est d’abord préoccupé de reconnecter son réseau vers l’Espagne ! Les impératifs commerciaux européens sont passés avant le service aux Français !
Dernier exemple : celui du courrier, qui sera totalement ouvert à la concurrence le 1er janvier 2011. En Espagne, où c’est le cas depuis 2007, Correos, l’équivalent de La Poste, ne distribue plus depuis cette date le courrier aux habitants situés à plus de 250 mètres d’une voie principale. La disparition du service public, si elle est confirmée, sera donc un coup très dur porté également à la ruralité, qui est une des grandes richesses de notre société.
Propos recueillis par Bruno Larebière
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Midi Libre – 3 JUIN 2009
LOUIS ALIOT (FN) A PRESENTE LA LISTE QU’IL MENERA AUX MUNICIPALES : « VILLE LIBRE »
Louis Aliot bénéficie d’une double casquette : tête de liste FN pour le Sud-Ouest, en ce qui concerne les élections européennes qui se jouent ce dimanche 7 juin, et tête de liste, toujours FN bien sûr, en vue des élections municipales de Perpignan qui se dérouleront les 21 et 28 juin. Hier, meeting sur les Européennes et présentation de la liste « Perpignan ville libre » se tenaient en l’absence de Jean-Marie Le Pen, annoncé mais excusé dans la matinée pour cause de grippe.
Au programme de Jean-Marie Le Pen figurait le dépôt d’une gerbe devant la grille qui clôture le Mur des disparus. Le Cercle algérianiste ayant demandé, par souci d’éviter toute récupération politique, que l’accès au mur ne soit pas rendu public le temps de la campagne électorale, voilà qui fournissait une entrée en matière à Louis Aliot : « Beaucoup de nos amis du Front ont donné de leurs deniers pour la construction de ce mur, et ils sont pris en otage par le Cercle algérianiste. Nous irons donc déposer la gerbe demain (ndlr. aujourd’hui). On comprend que le Cercle algérianiste ne veuille pas de récupération politique, mais peu d’en-tre eux ont été des combattants de l’Algérie Française, alors que ce fut le cas de Jean-Marie Le Pen. Et une quinzaine de personnes sur notre liste sont des rapatriés ou fils de rapatriés ». Et qui encore sur cette liste ? « C’est une liste européenne. Il y a des Belges, des Russes, des citoyens Français sans distinction ». Et des Catalans ? Certes, mais pas de catalanistes : « Il y a des Catalans sur ma liste. Le catalaniste, pour moi, c’est Vila-nova qui refuse de parler français en conseil municipal. Je n’ai pas d’animosité contre les Catalans, je défendrai même les langues régionales, mais je ne veux pas d’un identitarisme antinational », précisait M. Aliot.
Concernant les autres candidats, le tête de liste FN se voudra ironique : « M. Alduy qui se moquait de ce qu’il appelait mon délire sécuritaire a inscrit la sécurité à son programme, et Mme Amiel-Donat a elle aussi produit un tract sur la sécurité ! » Par extension, Louis Aliot livrera une idée pour le moins originale de son programme : »Il faut déplacer le marché de la place Cassanyes qui est devenu le marché de tous les trafics, et en faire un es-pace vert ! ». En parlant d’espace vert, le candidat FN lancera une pierre dans le jardin de François Rivière, censé lui « gratter » des voix : « Nous n’avons pas le même électorat. Sa liste ne fait pas appel aux classes populaires, il y a des personnalités, des notables, mais pas d’ouvriers, de mères de familles. Chez nous, il y a un peu de tout, c’est notre liste qui est vraiment une liste populaire ».
Josianne Cabanas
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Toulouse 7 News– 3 JUIN 2009
EUROPEENNES, L’EX FN MARTINEZ ET SON AFFICHE POLEMIQUE DE CRASH AERIEN
En rupture de ban avec le parti de Jean Marie Le Pen, l’universitaire montpelliérain Jean Claude Martinez se présente contre la liste officielle Front National Sud Ouest dirigée par Louis Aliot.
Réalisée voilà plusieurs mois l’une des affiches du candidat de Droit extrème devrait faire polémique à l’heure oû la France rend hommage aux disparus du Vol Air France 447.
Cette affiche présente le candidat Jean Claude Martinez et en arrière plan la photo d’un avion « Air Bruxelles » échoué avec la mention : « Crise financière, Université, retraite amputées, agriculture sacrifiée, etc, il y a des fois où il vaut mieux un pilote expérimenté ».
Un slogan simple et une image destinée à toucher l’affect.
La photo circule sur le réseau facebook et reste visible sur le blog du candidat.
Selon les sondages réalisés dans la circonscription Sud Ouest la liste dirigée par Jean Claude Martinez serait créditée de moins de 1 % des bulletins.
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Libération – 2 JUIN 2009
FLAMANDS ET WALLONS SE DISPUTENT A BRUXELLES
En Belgique, où les européennes coïncident avec les élections régionales, l’extrême droite flamande multiplie les provocations contre les candidats francophones. La plupart des incidents ont lieu à Bruxelles et dans ses environs, la capitale de la Belgique étant en grande majorité francophone, mais officiellement bilingue et enclavée en territoire flamand. Les affiches des partis francophones sont régulièrement arrachées par des militants qui se revendiquent de groupes extrémistes flamands. A Hal, à une quinzaine de kilomètres de Bruxelles, la mairie a carrément interdit sur les panneaux électoraux toute affiche qui ne serait pas rédigée en flamand. A Overijse, autre commune flamande proche de la capitale, la mairie a distribué des autocollants à apposer sur les boîtes aux lettres, demandant au facteur de n’y déposer que des publicités rédigées en flamand.
Par FRANÇOIS WENZ-DUMAS
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Le Vif L’Express (BELGIQUE) – 3 JUIN 2009
CHANGEMENT D’ERE AU VLAAMS BELANG
Pour le Vlaams Belang, la période des succès sans limite paraît révolue. Cela rend l’extrême droite nerveuse et encore plus radicale.
Qui est président du Vlaams Belang ? Question piège, même pour des étudiants en science politique. En fonction depuis un peu plus d’un an, Bruno Valkeniers reste une énigme. Qui a entendu prononcer le nom de ce Valkeniers, un homme d’affaires anversois, né à Bruxelles il y a bientôt 54 ans ? L’oiseau ne s’est imposé ni auprès du grand public, ni chez les militants de l’extrême droite flamande, qui le lui font sentir.
Aucun fait d’armes, aucune déclaration « choc ». Etonnant quand on préside un parti censé bousculer le paysage politique… Signe des temps : les anciens champions du populisme, jouant la carte de la personnalisation, sont battus sur leur propre terrain. La Flandre n’a d’yeux que pour le nouvel agitateur formant un parti à lui seul, incarnant l’antipolitisme qui gagne du terrain et le rejet de toutes les convenances : le trublion Jean-Marie Dedecker, dont la prétention n’est sans doute pas de battre le « Belang », mais, à tout le moins, de l’envoyer dans l’armoire aux souvenirs. Aux côtés de l’ultramédiatique Dedecker, pourtant un vétéran proche de la soixantaine, même la locomotive électorale Filip Dewinter paraît rouillée, prise de vitesse, presque pathétique.
Dewinter ? Le « phénomène » des années 1990 et du début de la décennie actuelle. Notre Le Pen à nous. Un Jörg Haider bien fringué, au sourire carnassier, qui allait « prendre » Anvers, accéder au pouvoir régional et, qui sait ?, envoyer son bon de sortie à la famille royale de Belgique. On est loin du compte. Dewinter a échoué sur toute la ligne. Le scrutin régional et européen du dimanche 7 juin pourrait confirmer la défaite cuisante des fédérales de juin 2007, où, pour la première fois, l’envolée des extrémistes avait été enrayée.
Deux grandes déceptions d’affilée, à l’échelle de cette Flandre qu’on lui jurait promise : le Vlaams Belang tremble sur ses bases. Déjà battu par le socialiste Patrick Janssens, redevenu bourgmestre d’Anvers, aux communales de 2006, Filip Dewinter s’en remettrait difficilement. Après autant d’arrogance, n’importe quel autre leader politique serait poussé vers la sortie.
Voter pour eux ne sert à rien
Nul ne pourra dire avec exactitude qui a stoppé la course de l’extrême droite flamande. Serait-ce Dedecker ou le « cordon sanitaire », cet engagement des partis démocratiques signé en 1989 pour faire barrage aux extrémistes et qui consiste à empêcher toute alliance avec eux, à quelque niveau de pouvoir que ce soit ? Le cordon a longtemps été controversé.
Le cordon a résisté.
Ses détracteurs jugent qu’il a contribué à diaboliser, à victimiser le Vlaams Blok, rebaptisé Vlaams Belang en 2004, juste après une cinglante condamnation pour racisme, devant la cour d’appel de Gand. On peut toutefois l’écrire aujourd’hui : la mise en quarantaine du parti « brun » a fonctionné à la perfection. Dans aucun recoin de Flandre, nulle part et jamais, on n’a dû constater l’arrivée au pouvoir d’un quelconque bourgmestre, échevin ou patron d’intercommunale défendant les couleurs du Vlaams Blok/Vlaams Belang. Le cordon a résisté à toutes les intempéries, même si son esprit a parfois été souillé – ses concepteurs préconisaient aussi un bannissement du parti dans les grands médias et le renoncement à tout travail d’opposition en commun, au sein des enceintes parlementaires.
Si bien qu’au seuil d’un nouveau passage aux urnes, Valkeniers, Dewinter ou Gerolf Annemans, chef du groupe VB à la Chambre fédérale, ont mérité l’étiquette de « losers » qui leur colle depuis peu à la peau. D’eux, on a l’intuition qu’ils ne gouverneront jamais. Que leur combat restera stérile en tout point. Qu’ils n’auront été qu’un épouvantail. Bref, qu’il ne sert à rien de voter pour eux, si ce n’est pour émettre un signal de protestation.
Mais il y a l’autre hypothèse. L’échec électoral de 2007 serait un simple accident de l’histoire, indépendant de tout processus d’érosion, incontestable mais mineur. C’est la comète Dedecker qui au-rait percuté le Belang et miné la confiance des partisans, au point de pro-voquer, ces derniers mois, une lente fuite des « cerveaux » vers la LDD (Lijst De-decker). Autant le dire : si ça se confirme, le camp des démocrates aurait tout intérêt à se méfier. Depuis le premier « dimanche noir », celui du 24 novembre 1991, les idées de la droite extrême, raciste et xénophobe, aujourd’hui incapable de renoncer à son programme de renvoi au pays de l’importante communauté immigrée, ont contaminé la Flandre profonde.
Tous les politologues l’admettent : le parti de Dewinter a déterminé l’agenda politi-que, imposé ses thèmes de prédilection (et rendu tabous les autres), forcé toutes les autres formations politiques à se radicaliser sur le plan institutionnel. La Flandre déteste ce constat, mais il paraît évident que le Nord aurait un autre profil, plus consensuel et ouvert, aujourd’hui, s’il n’avait tremblé durant plus de quinze ans à la perspective d’une arrivée au pouvoir de Dewinter et consorts. Lesquels ont ouvert une brèche permettant à des populistes comme Dedecker de s’engouffrer.
Or que donneraient à l’avenir des alliances ponctuelles ou structurelles entre les uns et les autres, entre les extrémistes du VB et les radicaux de droite de la LDD ? Quel serait le poids politique de ce front flamand que les nationalistes de la N-VA (Nieuw-Vlaamse Alliantie) pourraient rejoindre dès qu’il s’agirait d’évoquer l’ave-nir institutionnel du pays ?
Les partis traditionnels s’en font des sueurs froides, obligés de planifier de plus en plus grandes coalitions hétéroclites pour faire obstruction. Bien sûr, à l’image de « Forza Flandria », projet mort-né il y a un an, les rapprochements de ce type ont échoué jusqu’à présent. Mais, au Vlaams Belang, on y travaillerait chaque jour qui passe.
PHILIPPE ENGELS
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Excellente l’interview de Marine !
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