Nouvelles géostratégiques : Chine, Amérique Latine et Afrique

Patriotes issus du peuple et enracinés, Evo Morales et Mahmoud Ahmadinejad incarnent la résistance des pays non-alignés au Nouvel Ordre Mondial américanisé
Avec le conflit russo-géorgien d’août 2008 et la crise russo-ukrainienne du gaz en janvier 2009, l’Union Européenne (UE) a démontré son impuissance diplomatique, géopolitique et géostratégique. En réalité, la « politique étrangère » de l’UE est fortement imprégnée par l’euro-atlantisme. Avec l’arrivée au pouvoir de Sarkozy au printemps 2007 et sa réintégration complète au sein de l’appareil militaire de l’OTAN en avril 2009, la France s’aligne servilement sur les positions de Washington.
Néanmoins, on observe une résistance planétaire encore hétéroclite face au formidable rouleau compresseur du Nouvel Ordre Mondial. Troisième puissance économique et commerciale mondiale, la Chine se montre favorable à un monde multipolaire et respectueux des nations souveraines. Figure de proue des pays non alignés, la Chine renforce sa coopération militaire avec des pays latino-américains (Bolivie, Surinam) et africains (Cameroun, Namibie). D’ailleurs, la coopération bilatérale et multiforme est au cœur de la diplomatie chinoise comme l’illustre le cas du Lesotho.
Chine-Bolivie
Jeudi 11 juin 2009 à Pékin, les ministres chinois et bolivien de la Défense Liang Guanglie et Jose Prudencio se sont longuement rencontrés afin de consolider la coopération militaire bilatérale. Depuis l’établissement de leurs relations diplomatiques réciproques, la Chine et la Bolivie ont établi puis progressivement renforcé une coopération entre leurs forces armées. Ces deux pays non-alignés ont fréquemment collaboré sur des questions internationales (nombreuses visites et communication étroite).
Cette rencontre, dominée par les questions militaires, visait également à renforcer la coopération générale entre la Chine et la Bolivie. Les bonnes relations diplomatiques entre le géant asiatique et la petite nation amérindienne s’expliquent par un respect mutuel, basé sur une non-intervention politique. Ces deux pays sont confrontés à l’irrédentisme économique (province prospère de Santa Cruz dans l’est de la Bolivie) et au séparatisme extrémiste (Tibet et Xinjiang pour la Chine).
Très proche (géo)politiquement de ses homologue vénézuélien Hugo Chavez et iranien Mahmoud Ahmadinejad, le président bolivien Evo Morales incarne une résistance farouche au Nouvel Ordre Mondial en général et à l’impérialisme américain en particulier. Qualifié par ses détracteurs de « populiste de gauche », Evo Morales s’est notamment attaqué avec succès aux multinationales apatrides.
Chine-Surinam
Enclavé entre la Guyane française à l’est, le Brésil au sud et le Guyana à l’ouest, le Surinam constitua une colonie néerlandaise en Amérique Latine jusqu’à la proclamation de son indépendance le 25 novembre 1975. Actuellement, le Surinam forme une république parlementaire (chambre monocamérale dont les 51 membres sont élus au scrutin proportionnel) et démocratique (séparation du pouvoir judiciaire de ceux exécutif et législatif).
Sur l’invitation du chef d’État-major général de l’Armée Populaire de Libération (APL) Chen Bingde, le commandant des forces armées surinamiennes Ernst Mercuur a débuté lundi 8 juin une visite d’une semaine en Chine. Les relations diplomatiques entre la Chine et le Surinam remontent à 1976, peu après la proclamation de l’indépendance.
Les relations militaires sino-surinamiennes forment actuellement la composante essentielle de la coopération bilatérale. D’ailleurs, le Surinam est l’un des premiers pays de la zone caraïbe qui a pratiqué des échanges avec les forces armées chinoises. On a assisté à un progressif approfondissement dans la communication et la coopération militaire sino-surinamienne. La formation du personnel militaire surinamien est notamment assurée par la Chine.
Le ministre surinamien de la Défense Ivan Fernald avait effectué une visite en Chine en avril 2008. Les deux pays cherchent conjointement à consolider leur coopération militaire et à élargir les domaines de coopération. Bien évidemment comme pour la Bolivie, le secret de ces excellentes relations diplomatiques reposent sur un respect mutuel et une non ingérence dans les affaires de politique intérieure.

Rencontre officielle entre les présidents chinois et camerounais Hu Jintao et Paul Biya à Yaounde le 31 janvier 2007
Chine-Cameroun
Ancienne colonie allemande rattachée à l’Afrique Équatoriale Française (AEF) au lendemain de la première guerre mondiale, le Cameroun accéda à l’indépendance le 1er janvier 1960. Le président Paul Biya assure le pouvoir depuis 1982.
Dès l’établissement de leurs relations diplomatiques, la Chine et le Cameroun ont noué une solide amitié qui a abouti à l’établissement d’une coopération politique, économique et culturelle. Les deux pays partagent des visions communes dans les affaires internationales. Le Cameroun est l’un des nombreux pays africains à bénéficier des investissements chinois et d’un partenariat commercial basé sur des relations équitables.
Ministre de la Défense nationale, Liang Guanglie recevait mercredi 10 juin Jean-Baptiste Bokam, Secrétaire d’État en charge de la gendarmerie nationale auprès de son ministre de tutelle (Défense). Les forces armées chinoises désirent renforcer leur coopération militaire avec le Cameroun.
En raison de son inféodation géopolitique envers Washington et de sa politique africaine sibylline, la France se marginalise sur le continent africain au détriment de la Chine présente progressivement depuis début 2000. Lors de son périple africain entre les 30 janvier et 10 février 2007, le président chinois Hu Jintao avait visité 8 pays en commençant par le Cameroun avant de poursuivre avec le Libéria, le Soudan, la Zambie, la Namibie, l’Afrique du Sud, le Mozambique et l’archipel des Seychelles (Océan indien).

Lors de son étape namibienne, le président chinois Hu Jintao visite Windhoek le 5 février 2007
Chine-Namibie
Ancienne colonie allemande (1884-1915) puis protectorat sud-africain (1915-1990), la Namibie accéda à l’indépendance le 21 mars 1990. Bordée à l’ouest par l’Océan Atlantique, la Namibie est un pays d’Afrique australe largement désertique. Néanmoins, son sous-sol est très riche en minerais (diamant, cuivre, zinc, plomb, uranium), dont l’extraction représente 9 % du PIB.
La Chine et la Namibie ont établi leurs relations diplomatiques dès le 22 mars 1990, soit le lendemain de la proclamation d’indépendance vis à vis de l’Afrique du Sud. Avec ses investissements économiques et son partenariat commercial privilégié, la Chine joue un rôle essentiel dans le développement de la Namibie. Outre l’établissement d’infrastructures adaptées, la Chine forme le personnel et les cadres namibiens dans des centres éducatifs et universitaires (cours de langue chinoise, technologie moderne). En 2005, l’eau et l’électricité étaient accessibles à 80 % de la population. Actuellement, le taux d’alphabétisation pour l’ensemble de la population namibienne est de 80 % pour 90 % d’enfants scolarisés
Commandant des forces armées namibiennes, le général Martin Shalli a entamé dimanche 7 juin une visite officielle et amicale de 3 jours en Chine. Lors de ses rencontres avec le chef d’État-major général de l’APL Chen Bingde et du ministre de la Défense nationale Liang Guanglie, le général Martin Shalli a évoqué le renforcement de la coopération militaire bilatérale ainsi que l’élargissement des domaines de coopération (économique, culturelle, technologique).
Rappelons que la Chine est très présente en Afrique australe puisque l’Angola et l’Afrique du Sud sont respectivement ses premier et second partenaires commerciaux. Avec 4 pays visités, Hu Jintao avait privilégié l’Afrique australe lors de son périple africain de l’hiver 2007.
Chine-Lesotho
Enclavé dans le sud-est de l’Afrique du Sud, le Lesotho est une ancienne colonie britannique devenue indépendante le 4 octobre 1966 et forme actuellement un royaume constitutionnel dirigé depuis le 7 février 1996 par sa Majesté Letsie III.
Ministre des Affaires étrangères du Lesotho et vice-président du parti au pouvoir (Lesotho Congress for Democracy), Mohlabi Kenneth Tsekoa a entamé mercredi 3 juin une visite d’une semaine en Chine. Les relations diplomatiques entre la Chine et le Lesotho avaient repris en 1994 puis s’étaient considérablement renforcées.
Avec ses investissements multiples et son partenariat commercial privilégié, la Chine joue un rôle essentiel dans le développement économique du Lesotho. L’aide chinoise est essentiellement axée sur la construction d’infrastructures adaptées, la formation du personnel et des cadres (ressources humaines) ainsi que dans les secteurs éducatif et sanitaire. Néanmoins, le Lesotho désire renforcer avec la Chine sa coopération économique (construction d’infrastructures, développement de l’agriculture) et géopolitique (questions internationales communes).
Jeudi 4 juin lors de son entretien avec le ministre chinois des Affaires étrangères Yang Jiechi, Mohlabi Kenneth Tsekoa a signé un important accord de coopération économique et technologique.
L’après-midi du 4 juin a été consacrée à une rencontre avec le vice-président chinois Xi Jinping. Si l’entretien fut dominé par des questions politiques et les objectifs mutuels de la coopération bilatérale, Xi Jinping a longuement remercié son hôte en raison de l’aide généreuse octroyée par le Lesotho à la Chine après le terrible séisme dévastateur du 12 mai 2008 dans la province de Sichuan (sud-ouest).
Avec ses exemples concrets, on mesure les efforts diplomatiques et économiques de la Chine, dont l’objectif progressif est l’émergence d’un monde multipolaire affranchi de la tutelle impérialiste des USA et respectueux des diverses nations souveraines de la planète.
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