Agim Çeku, criminel de guerre, parrain albano-mafieu, ami de Bernard Kouchner et homme des Américains au Kosovo, a été arrêté en Bulgarie
C’est un pion essentiel de la mainmise américano-occidentale sur le Kosovo, province serbe occupée, qui vient d’être arrêté par les autorités bulgares suite à un mandat d’arrêt international : Agim Çeku (prononcer : Tchèkou), ex général de l’armée croate, ex chef d’état-major de l’UCK en 1999, ex « Premier ministre » albano-kosovar, chef d’un puissant clan mafieu, placé sous mandat d’arrêt international par Interpol à la suite d’une plaine déposée par la Serbie, a été interpellé mardi après midi à la frontière entre la Bulgarie et la Macédoine. Belgrade l’accuse d’avoir perpétré des crimes de guerre pendant la guerre contre les Serbes de Krajina et d’être responsable de la mort de 669 civils serbes et 18 non albanais en 1999 au Kosovo, avant et après l’agression de l’OTAN contre la Serbie-Yougoslavie alors qu’il avait été placé par le commandement américain à la tête de l’UCK, formation terroriste albano-mafieuse.
Pour le besoin de l’enquête, le procureur général de Sofia a prolongé sa garde à vue de 72 heures. Précédemment, Ceku avait été arrêté à trois reprises, sans suite : à l’aéroport de Ljublijana en Slovénie au mois d’octobre 2003, à celui de Budapest en Hongrie en 2004, puis au mois de mai dernier en Colombie. A chaque fois, les diplomaties française, onusienne et américaine avaient fait des pieds et des mains pour le faire libérer, Paris, par l’intermédiaire de Kouchner en 2004, allant même jusqu’à lui faire bénéficier des avantages diplomatiques de l’ambassade de France à Budapest.
Récemment cet intouchable, que peu de monde semble souhaiter voir comparaître devant un tribunal pour un procès qui risquerait de mettre à jour de surprenantes complicités dont il a pu bénéficier au cours de sa carrière militaire et politique, aurait reçu l’aide de la France pour éviter son extradition depuis la Colombie vers la Serbie. A la demande, encore une fois, de Bernard Kouchner en personne, les autorités colombiennes lui auraient ainsi permis de gagner la France d’où il a pu rejoindre Pristina sans entrave.
Mais, cette fois, la situation d’Agim Çeku pourrait se compliquer du fait que les autorités bulgares nient qu’il se soit rendu dans leur pays à leur invitation. Selon le vice ministre des Affaires étrangères bulgares, Milen Keremedtchiev, « la tentative d’Agim Çeku d’entrer en Bulgarie n’avait pas de caractère officiel ». Du reste, des mandats d’arrêt internationaux ont été émis par les autorités serbes contre la plupart des dirigeants albanais du Kosovo.
Les autorités bulgares devraient faire connaître leur réponse quant à la possibilité de Çeku d’être un jour jugé, samedi prochain, non sans avoir prévenu les Serbes qu’ils avaient un délai de quarante jours pour présenter leurs « arguments » en faveur de leur demande d’extradition. Il restait à savoir ce que les diplomaties parallèles de France, de l’ONU et des USA entendaient faire afin de rendre à la liberté leur petit protégé, pion si essentiel pour garantir la tutelle occidentale sur cette zone grise des Balkans occidentaux qu’est devenue la province serbe occupée. La réponse ne s’est pas faite attendre : il vient d’être remis en liberté au mépris du droit international le plus élémentaire.
L’homme le plus puissant du Kosovo « indépendant »
La carrière de Çeku est incontestablement liée au démantèlement tragique de l’ex-Yougoslavie dans les années 1990. Le 17 février 2008, le parlement albanais de Pristina a proclamé l’indépendance de la province serbe du Kosovo-Métochie, allant à l’encontre de la résolution 1244 des Nations unies, qui affirmait l’intégrité territoriale de l’ex République fédérale de Yougoslavie, devenue depuis République de Serbie. Depuis, une crise non seulement régionale, mais aussi internationale s’est faite jour, mêlant initiatives européistes, velléités atlantistes et prédation mondialiste dans un contexte géopolitique complexe et hautement explosif. Cette situation n’a pu se faire sans l’intervention d’un certain nombre d’acteurs essentiels locaux dont le plus incontournable est Agim Çeku, ancien commandant de l’UCK (Armée de Libération du Kosovo), accusé de crimes de guerre par Belgrade et par une partie de l’Armée canadienne de l’ONU [1], ancien « Premier ministre » de la province serbe occupée. Par son passé militaire controversé, ses relations familiales s’incérant au sein de réseaux claniques, voire mafieux, et l’importance que Washington et l’OTAN lui ont souvent accordé, Agim Çeku est incontestablement l’homme le plus puissant du Kosovo aujourd’hui. De fait, il représente à lui seul tous les contrastes sulfureux de la société albano-kosovare, étant l’archétype même de l’homme clé dont les oligarchies technocratiques de l’Union européenne, l’ONU et l’OTAN ont forcément besoin pour contrôler ce petit territoire des Balkans, à l’évidence stratégique pour le contrôle du Sud-Est européen. Aperçu sur un personnage dont le portrait augure un avenir bien sombre pour la province serbe occupée.
1991-1995 : Massacres et mercenaires en Krajina
Né en 1961 à Çuska, non loin de Pec au Kosovo occidental, Agim Çeku a embrassé la carrière des armes. En 1991, au moment où éclate la guerre entre Serbes et Croates en Krajina, zone frontalière de la Bosnie, majoritairement peuplée de Serbes, Çeku n’est qu’un obscur petit capitaine d’artillerie de la Défense territoriale, formé par l’académie militaire de Belgrade, puis celle de Zadar. Le régime titiste se délabrant depuis une décennie, il en a profité comme beaucoup d’autres pour arrondir ses fins de mois, utilisant certaines accointances avec les trafiquants d’héroïne de la côte dalmate, ceux-là même qui allaient permettre aux forces croates du HVO en Herzégovine de s’armer face aux milices de la République serbe de Krajina au tout début des années 1990, comme l’ont révélé diverses enquêtes du journal croate Nacional (enquête de plusieurs années qui coûta la vie à un journaliste croate) [2].
Très vite, lorsque la guerre éclate, l’armée croate ayant besoin de cadres, Agim Çeku prend position contre Belgrade, ce qui lui permet de vite monter en grade : il devient colonel, puis général de brigade. C’est à l’état-major du 5e district de la région de Rijeka que Çeku commence à travailler avec les Américains, via une société très particulière de mercenariat en 1993-1995, la MPRI, en charge de la planification des opérations militaires en Croatie, qui conduisirent à des massacres et l’expulsion de plus de 200 000 Serbes. Si le dossier pénal de Çeku est aujourd’hui curieusement indisponible auprès du Tribunal international de La Haye, afin de cerner ses méthodes très particulières à l’encontre de populations civiles, on peut se reporter à celui de son homologue Rahim Ademi [3], général albanais lui aussi passé dans l’armée croate en 1991-1995 et accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’Humanité ; Ademi et Çeku travaillant de pair lors des différentes opérations en Krajina.
La carrière militaire du général Çeku renaît fin mars 1999, lorsque le Pentagone ordonne au commandement politique de l’UCK de revoir son commandement. Il s’agit aussi d’éviter une guerre interne au sein de l’UCK qui semble se profiler depuis plusieurs semaines, dans un contexte de débandade générale face à l’offensive serbe de printemps [4]. Sur les conseils de lobbyistes en mercenariat, bien implantés dans les arcanes du Pentagone et du département d’Etat à Washington, Çeku est choisi pour prendre la direction des opérations en coordination avec l’OTAN. Bien qu’étant sous le coup d’un mandat d’arrêt pour « exécutions sommaires, bombardements de populations civiles et épuration ethnique durant la guerre de Bosnie » [5], Agim Çeku bénéficie de la protection sans faille de Washington [6], puisqu’il entretient une relation de longue date avec la MPRI, en charge d’encadrer les maigres troupes de l’UCK en réorganisation en territoire albanais. Çeku devient ainsi le chef d’état-major de l’UCK et la restructure pour en faire une véritable force militaire au service de l’OTAN. Courant juin 1999, après la cessation des hostilités, c’est lui qui est l’interlocuteur privilégié de la KFOR, force de l’OTAN au Kosovo sous contrôle international. Depuis, il est devenu incontournable pour l’ensemble des autorités militaires mais aussi politiques de la province serbe. Tout doit passer par lui, même pour ce qui est des contrats civils.
Trafics, drogue et politique
Car le général albanais, bientôt très vite promu à la tête du TMK, le corps de protection du Kosovo qui est censé reconvertir nombre d’ancien combattants de l’UCK, officiellement démobilisés, dispose d’un réseau relationnel pour le moins impressionnant, s’appuyant sur de puissants clans familiaux issus de l’ancestrale tradition turco-ottomane qui a prévalu sous l’Empire ottoman pendant des siècles. Ces structures sociales traditionnelles des clans ghegs (Albanais du Nord) ont été particulièrement bien conservées au Kosovo, sur la base du clan familial, que l’on désigne du mot turc de mahala, et que l’on traduit bien abusivement par le terme de « famille » élargie. Très marquée par des pratiques endogames, chaque mahala est subdivisée en branches se raccrochant à un même chef. Un chef tout puissant qui applique sans états d’âmes les consignes du Kanun, ce code multiséculaire censé encadrer la société sur des bases traditionnelles et qui intègre la « reprise de sang », en cas de crime d’honneur.
Depuis des générations, le clan des Çeku est rattaché à celui des Kelmendi et des Gashi à Pec, petite bourgade du Kosovo occidental. Selon Franck Furet [7], premier grand mafieux albanais établi à Milan, dès 1992, Agim Gashi, fut le plus grand « parrain » albanais d’Europe, scellant des alliances avec les plus puissants clans de la N’rangheta calabraise. Il s’est également personnellement impliqué dans l’UCK. Lié, à Milan, via la mafia égyptienne d’Italie, aux islamo-terroristes d’Oussama Ben Laden et fondamentalistes égyptiens, du Gamaà Ismiyya, dont de nombreux membres se sont portés volontaires en Bosnie et au Kosovo, Agim Gashi constitue en somme le point d’intersection entre les milieux terroristes, islamistes et mafieux.
Responsable du ShIK pour ce secteur, le service de renseignement de l’UCK en 1996-1999, Naser Kelmendi, chef de clan, est aussi un puissant parrain de ce que les spécialistes comme Xavier Raufer définissent comme la mafia albanaise. Cousin de Haki Çeku, chef mafieu bien connu d’Interpol dans les années 80 et aujourd’hui en prison en Espagne [8], Agim semble avoir repris ses réseaux. Au Kosovo, les clans mafieux se sont partagés le pouvoir et ont territorialisé leurs activités poli-criminelles. Ainsi, en Dukagjin (Métochie albanaise), la famille Kelmendi détient le trafic de drogue (cocaïne, héroïne), de cigarettes, d’essence, la traite des êtres humains et est aujourd’hui soupçonnée par le parquet général de Belgrade d’avoir participé à des trafics d’organes humains en 1999-2000 [9]. Selon les travaux du chercheur Stéphane Quéré, Pec est géographiquement très bien placée dans les couloirs d’approvisionnement de la drogue en Europe occidentale qui partent d’Istanbul, passent par la Macédoine puis le Kosovo, puis récupérés en Italie par la Sacra Corona Unita. Un tiers de l’héroïne consommée en Europe occidentale passe par les Balkans. Du reste, Kelmendi et Muhamed Ali Gashi, probables commanditaires de l’assassinat du célèbre trafiquant bosniaque Ramiz Delalic « Celo » le 27 juin 2007 à Sarajevo [10], entendent étendre leurs activités en Bosnie, zone elle aussi sous le contrôle de l’Eufor (force armée l’Union européenne), avec qui Agim Çeku entretient d’excellents rapports via certains officiers occidentaux. En mars 2004, pour mettre un terme aux lynchages de civils non-albanais et aux incendies d’églises, c’est lui que le chef d’état-major de l’OTAN en personne, avait appelé par téléphone.
Contrairement à d’autres politiciens albanais du Kosovo, ancien de l’UCK, comme Hashim Thaçi ou Ramush Haradinaj, Agim Çeku ne s’est jamais appuyé sur une quelconque structure politique pour asseoir ses ambitions, mais sur ses relations claniques et militaires. « Premier ministre » du Kosovo du 10 mars 2006 au 9 janvier 2008, il est une des cartes maîtresses des Américains puisqu’il contrôle non seulement l’ensemble des forces militaro-policières albano-kosovares, mais aussi une grande partie des puissants clans ghegs liés à la mafia albanaise, via les Gashi et les Kelmendi.
Le Kosovo, territoire « indépendant » reconnu par une minorité d’Etats, est loin d’être pacifié et Agim Çeku lui-même, personnalité incontestablement la plus puissante de la province, a un intérêt personnel à ce qu’il reste sous protection de l’OTAN ou de l’EULEX. Il est tellement conscient du niveau de délabrement de la société civile kosovare qu’il tient à ce que son épouse Dragica Ponos, une Croate épousée à Zadar et dont il a eu trois enfants, vive toujours sur la côte dalmate et non pas à Pristina ou à Pec. Un signe qui ne trompe pas !
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Notes :
[1] Scott Taylor, « Ceku must face justice », espritdecorps.ca, 27 mars 2006. http ://www.espritdecorps.ca/Ceku %20must %20face %20justice.htm
[2] Voir « Drugs in Camouflage Uniforms », Ivica Djikic, AIM Press Zagreb, 12.03.01, sur Internet : www.aim-press.ch
[3] Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, Affaire IT-01-46-PT, Deuxième acte d’accusation modifié de Rahim Ademi, La Haye, 1er février 2002, 12 p. http ://www.un.org/icty/indictment/french/ade-2ai020201f.htm
[4] Ainsi, le père d’Agim Çeku, Hasan, a-t-il été retrouvé mort à Cuska, sans doute le 14 mai 1999, victime de représailles de la part des FARK (Forces armées de la République de Kosova), groupe paramilitaire sous contrôle des réseaux d’Ibrahim Rugova et en partie hostiles à l’UCK. A l’été 1999, l’UCK fera en sorte que des « paramilitaires » serbes soient rendus responsables de ce crime.
[5] AFP, 13 oct. 1999 et Tom Walker, « Kosovo Defence Chief Accused of War Crimes », Sunday Times, 10 oct. 1999.
[6] Jane’s Defense Weekly, 10 mai 1999 et New-York Times, 21 mars 1999.
[7] Franck Furet, « Mafia albanaise et UCK », Banc public n°131, juin 2004. http ://www.bancpublic.be/PAGES/131MafiaAlbanaise2UCK.htm
[8] Voir la fiche établie par Dejan Lucic dans Tanje albanske mafije, Zrenjanin, ekopress, 2000, pp. 6 sqq.
[9] BIA, Albanian terrorism ant organized crime in Kosovo and Metohija, Belgrade, septembre 2003, 108 p.
[10] Dani, 16 juillet 2007.
PS : Nous avons privilégié des sources essentiellement francophones et anglophones, sur celles en serbo-croate ; la presse serbe et surtout croate étant une mine sur le sujet.
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