Le soleil se lève à l’Est

democracy_warLa chronique d’Eléonore B.

Pendant longtemps j’ai su l’éviter. A chaque apparition télévisuelle pour la présentation de son dernier livre « forcément magnifique », à chaque intervention politique sur l’avenir du Parti socialiste « ce grand cadavre à la renverse », dans le roman-photo sur la mort du journaliste Pearl, dans l’ingérence diplomatique à Sarajevo. Je pourrais continuer la liste – très longue – des interventions médiatico-politico-idéologiques du Tintin-reporter à l’éternelle chemise blanche et mèche en bataille du « rebelle » du Flore.

Avec le temps, consciente que le temps est précieux, on ne le perd pas et accessoirement son argent à lire ce type d’ouvrage qui par ailleurs se déprécie très vite. Et mon goût pour le masochisme intellectuel n’est pas suffisamment développé pour m’imposer cette souffrance.

Et puis patatras !
J’ai rendu service à ma voisine et cette dernière, croyant me faire plaisir, m’a offert « American Vertigo » paru en 2006.
- Toi qui aime lire Eléonore, c’est le dernier livre de Bernard-Henri Lévy, contente ?
Souhaitant conserver de bonnes relations de voisinage, je me suis fendue d’un sourire commercial.
Dès son départ je l’ai vite rangé et… oublié.
Décembre 2009, temps pluvieux et froid dans le Sud, c’était le moment propice pour me lancer dans les 494 pages par masochisme climatique !

Des Etats-Unis, et d’un voyage en 1989 j’avais gardé un souvenir mitigé.

Au crédit : Les grands espaces et leur diversité géographique, les maisons néo-classique du Sud façon « Autant en emporte le vent », Clint Eastwood et la série des inspecteurs Harry, Les ricains de Sardou, le cinéma de Guerre, les Western de John Wayne, la Conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole, la bannière étoilée aux portes des maisons, le culte de la voiture et des autoroutes à 4 voies, les campus universitaires, Bâton Rouge et la Nouvelle Orléans, les Bayous et les Cajuns, l’Arnaque, Robert Redford, Paul Newman, Luke la main froide, Sur la route de Madison, Thelma et Louise, Ava Gardner.

Au débit : le culte de l’argent et du « Business », le moralisme puritain, les religieux et les show des prédicateurs, le port d’armes et la violence, le politiquement correct, les quotas ethniques dans le cinéma, le Melting Pot, la discrimination positive, les ghettos raciaux, le culte Kennedy, la CIA et sa présence dans tous les coups foireux depuis 50 ans, la mort de Marylin Monroe, le Flower power et les Hippies de Kerouac, le FBI et Hoover, Mickael Jackson,l’impérialisme, leur suffisance de super puissance.
A mon retour mon père m’avait demandé ce que j’avais retenu : Des noirs et des obèses lui ais- je répondu avec le ton lapidaire des adolescents.

A la différence des anciens des années 70, je savais que les Etats-Unis et le mythe du monde libre face à « l’hydre » communiste de l’URSS et ses satellites européens avait vécu. L’Occident était mort. Ma génération devra repenser son référentiel géostratégique.

Les années qui ont suivi m’ont confirmé dans cette analyse quand nos intellectuels médiatiques se sont mis à nous vanter le modèle américain après l’avoir vilipendé : La première et la deuxième guerre en Irak, la Yougoslavie et Kouchner, la chute de la Serbie, la création de la Macédoine et du Kosovo, l’Afghanistan.

Bernard-Henri Levy le maoïste des années 70 qui écrit en 2006 sur l’Amérique, c’était foutu mes dernières illusions sur l’Amérique allaient voler en éclats.

Pour justifier son projet, BHL entend se mettre dans les pays de Tocqueville. Il avoue qu’il a négligé cet auteur et veut réparer cette erreur. En se rendant en Amérique en 1831 Tocqueville voulait comprendre comment l’égalité et la liberté individuelle s’étaient conjuguées et épanouies. Financé par The Atlantic Monthly, le projet se transforme en récit touristique.

Je relèverais trois thèmes : le système judiciaire et les prisons, les intellectuels et l’obésité.
L’inspection des prisons est évacué ; le chiffre de la population carcérale n’est pas cité (plus de 2 millions de personnes), que ces dernières sont l’expression des rivalités des gangs les plus violentes, l’injustice sociale et financière du système judiciaire entre les Etats : l’absence du juge d’instruction, et une justice rendue en fonction de vos revenus et de vos capacités à recruter parmi les meilleurs avocats pour être défendu.

Tocqueville s’est donné une mission politique sérieuse, il tente, parfois trop, de tout expliquer, rien ne lui échappe. Les phénomènes sociaux doivent être décryptés pour comprendre cette « démocratie ». BHL se contente de narration, un long road movie littéraire qui use au fil des pages.
Ses rencontres avec les intellectuels ne sont pas plus convaincantes. Samuel Huntington le heurte dans son approche sur l’immigration mexicaine. On attendait autre chose du concepteur du « choc des civilisations ».Le publiciste William Kristol le choque car il se pose en fervent défenseur de la peine de mort.

Le passage sur l’obésité est symptomatique du style BHLévien, à savoir la répétition du mot sous toutes ses formes : obésité économique, obésité sociale, obésité des églises, obésité des aéroports. Mais point d’explication.
Dans sa dernière partie, BHL se débat pour essayer de dégager un modèle américain dans lequel l’Europe et l’ensemble des peuples doit « naturellement » s’inscrire. Les armes fatales « des droits de l’homme », de la diffusion de la démocratie et le marché sont dégainés et là je m’attends au pire. A vouloir démontrer à toute force que l’Amérique est parfaite et qu’elle est la « Lumière » qui doit guider tous les peuples sur cette terre, sa démonstration tourne à la farce.
Car si tel était le cas pourquoi un tel déchainement de violence en interne et à l’extérieur de ses frontières pour imposer ce modèle idéal ? Pourquoi les images d’Abou Ghraib, les slogans US Go Home !, les attentats quotidiens en Irak, le bourbier Afghan, l’Arabie Saoudite et le pétrole ? Sans oublier l’intervention de Barack Obama en faveur de l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne, après avoir favorisé le Kosovo par l’administration Bush.
En définitive, le sentiment que l’Amérique n’est pas un ami qui vous veut du bien !
Une Amérique démocratique à imiter ?

Ou bien des Amériques traversées par des lignes de partage profondes, un destin impérialiste, unilatéral contesté et déclinant à travers le monde et un régime démocratique défaillant qui abandonne les plus fragiles de ces citoyens sur le bord de la route.
Les sans-abris de la Nouvelle Orléans qui attendent depuis l’ouragan Katerina en 2004 la reconstruction d’une grande partie de la ville ne disent pas merci à Bernard-Henri Levy.
Faire la guerre ou reconstruire, le choix a été fait. Avec le plus grand cynisme.

Quant à moi, j’ai gardé mes illusions positives sur l’Amérique que j’aime d’autant qu’elles sont liées à mes souvenirs et avec l’âge ça compte ! En revanche il y a bien longtemps que j’ai divorcé avec l’Amérique dans ses prétentions hégémoniques et liberticides des peuples.

Si le soleil se couche à l’ouest, il se lève à l’est et c’est dans cette direction que nos regards doivent dorénavant se tourner.

Eléonore B

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Commentaires

OK, « bhl  » est un françàis de papier

je ne suis qu ‘ un franchouillard

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#{Toi qui aime lire Eléonore, c’est le dernier livre de Bernard-Henri Levy, contente ?}#

« Bernard-Henri Lévy pris au piège d’un canular littéraire »

Le philosophe Bernard-Henri Lévy a reconnu lundi s’être laissé piéger par l’oeuvre d’un certain Jean-Baptiste Botul, écrivain fictif, qu’il cite dans l’un de ses derniers livres et dont il a admis « le talent » après la révélation de la mystification.

BHL y citait « Jean-Baptiste Botul » et « une série de conférences aux néo-Kantiens du Paraguay » donnée par ce prétendu spécialiste de Kant au lendemain de la Seconde guerre mondiale.
- A la page 122, il dégaine l’arme fatale. Les recherches sur Kant d’un certain Jean-Baptiste Botul, qui aurait définitivement démontré « au lendemain de la seconde guerre mondiale, dans sa série de conférences aux néokantiens du Paraguay, que leur héros était un faux abstrait, un pur esprit de pure apparence ».

Il en sait des choses, Bernard-Henri Lévy.
Le néo-kantisme d’après-guerre. La vie culturelle paraguayenne. Seul problème, Jean-Baptiste Botul n’a jamais existé.Pas plus que ses conférences dans la pampa, auxquelles BHL se réfère avec l’autorité du cuistre.
Ce penseur méconnu est même un canular fameux.

*** Alors contente Éléonore ?

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Je pense pour avoir eu la chance de circuler dans ce beau pays sans guides et sans barrières, qu’on ne peut essayer de comprendre les Etats-Unis sans admettre qu’il y a en fait deux pays…
Le pays légal du président, et de la nomenklatura et le pays réel qui se fout éperdument de ce qui se passe dans l’état voisin, alors à fortiori dans le monde.
Ce n’est pas le peuple américain qui déclare les guerres, se sont ses politiciens, lui se contentant de la faire dans la boue et le sang.

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En parlant de livre acheter et pas lu : Si vous voulez ma copine m’avait acheter un livre sur Nicolas Sarkosy, j’ai lu 10 lignes sur les 400 pages, je le revends pour 50 centimes s’il y a des interressés.

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Nul besoin d’y avoir circulé comme jeroboam ou vécu plusieurs années comme moi,pour comprendre qu’un pays qui s’est auto-attribué une « Manifest Destiny », (traduction inutile,l’anglais depuis 1066 n’étant que du français mal prononcé), « Destinée » bénéficiant en prime de l’ aide de Dieu : »Help me God » comme termine son serment tout nouveau président, »One nation under God » et surtout,et ça il fallait oser le faire d’aller foutre sur les billets de banque : « In God we trust  » sans être foudroyé sur place, ce qui peut faire douter de Dieu,il est bien évident, qu’à part ceux qui sont « élus  » par Dieu, le reste de l’Humanité qui ne bénéficie pas de tels privilèges ne peut avoir que de diffiles rapports.

Si,circonstantes aggravantes, ce pays fut essentielemnt peuplé par des crêve-la- faim dont les niveaux intellectuels et culturels n’étaient pas les qualités les plus évidentes et que les autres qui forment l’Intelligentzia ont de plus été choisis par Dieu,on ne peut que continuellement s’exclamer depuis plus de deux cents ans :bonjour les dégats !

Ceci dit,il ne faut pas comme certains tomber systématiquement dans l’anti-américanisme primaire.

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« Pour justifier son projet, BHL entend se mettre dans les pays de Tocqueville. »

pays ? N’est-ce pas « pas » qu’il fallait lire ?

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merci à tous les commentateurs de l’article !
@le crapouillot
Vous avez raison petite erreur de frappe.
@jeroboam et tevai
Il ne faut pas faire de « l’antiaméricanisme primaire »
Une bonne partie de la population subit(comme nous) les décisions des politiciens de Washington et les financiers de Wall Street.
Mais force est de reconnaitre que l’Amérique a changé et pas dans une orientation positive.
@fredx
Non merci sans façon !

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