« Je vends mon cabinet pour rembourser 29.000 euros à la Sécu »

Le feuilleton  pourrait s’intituler « Les déboires d’un généraliste avec la Caisse » tant  les témoignages sont nombreux. Des professionnels en colère, interloqués, choqués, effrayés parfois et surtout désabusés face à des indus qui s’accumulent ! Actes de kiné, arrêts de travail, prescriptions d’acide hyaluronique. Le dernier épisode se déroule dans les Yvelines (78), en région parisienne. Cette fois, il est question de déplacements en Ehpad (Etablissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) et de cotations CF (Consultation férié).

C’est le Dr Isabelle Luck, généraliste à Elancourt (78), qui nous prévient par mail : « il semble que la CPAM des Yvelines a lancé une offensive contre certains confrères du département. » Au total, ils sont 200, confirme le tout nouveau directeur de la caisse locale d’assurance maladie, Patrick Négaret. « La moitié d’entre eux a payé ses indus, et pour l’autre moitié, nous sommes tout à fait prêts à écouter leurs observations. Ce n’est pas un oukase, explique-t-il rassurant. Au-delà des statistiques, il y a des réalités dont il faut tenir compte. » Et des hommes dont les vies peuvent être brisées en un clin d’œil.

« A l’époque, les caisses étaient bien contentes »

Parmi les « principales victimes », il y a notamment le Dr Jean-Pierre Ribat, installé depuis vingt ans à Limay, commune de 17.000 habitants à l’ouest de Paris et tout près de Mantes-la-Jolie. En septembre dernier, il reçoit un courrier de la Cpam 78 lui demandant de rembourser des indus à hauteur de … 29.000 euros. Sa faute ? Avoir reçu des urgences le samedi après-midi à son cabinet et les avoir cotées en CF alors qu’il n’est pas inscrit au tableau de garde.

Or, et c’est là qu’on retrouve le caractère ubuesque de ces contrôles réalisés à partir de données statistiques recueillies par des ordinateurs : il n’y a pas de PDS organisée le samedi après-midi dans le département. Il y a bien une maison médicale de garde à Mantes mais elle n’ouvre qu’à partir de 20h le samedi.

« A l’époque, les caisses étaient bien contentes qu’on s’organise comme ça, explique Frédéric Prudhomme, le président du conseil départemental de l’ordre des médecins (CDOM) dans les Yvelines,gastro-entérologue, membre du bureau national du SML et secrétaire général de l’Urps Ile de France, parce que ça leur permettait de faire des économies. On comptait sur quelques cabinets ouverts le samedi après-midi pour gérer les urgences qui n’étaient pas vitales. Mais au lieu de reconnaître le travail de ces médecins, on vient maintenant les embêter sous prétexte qu’ils ne sont pas inscrits à la PDS. C’est un peu limite. »

« Ce n’est pas la procédure »

Quid alors des patients qui ne sont pas suffisamment malades pour aller aux urgences ? « On préfère que le médecin se déplace à domicile pour 60 euros ou bien que le patient se rende aux urgences, ce qui coûte en moyenne 240 euros, plutôt que de laisser un médecin consulter son cabinet pour 42,06 euros. Il faut qu’on m’explique où est la logique, parce que là il ne s’agit pas de réduire le trou de la Sécu », démontre aussi le Dr Laurent Tapiero, généraliste à Epône (78), venu soutenir son confrère lors d’une conférence de presse organisée hier après-midi.

Par ailleurs, les cotations incriminées remontent pour certaines à 2009. On peut alors se demander pourquoi la Caisse a laissé la situation empirer à ce point, jusqu’à atteindre une somme mirobolante. Pas un coup de fil en deux ans. « Ce n’est pas la procédure », aurait sèchement répondu la CPAM 78 au Dr Ribat, abasourdi. Un manque d’humanité et de reconnaissance qui a complètement dégoûté notre médecin généraliste de son métier. Son seul recours pour rembourser sa dette : mettre en vente son cabinet, puis partir ailleurs avec sa femme, « loin des Yvelines ».

Le maire de Limay, Eric Roulot, lui aussi présent jeudi pour soutenir ses médecins, est très inquiet pour la population. « En pleine désertification médicale, les conséquences vont être gravissimes pour la population. Les orientations de la Sécu sont contraires aux intérêts des patients ! Il faut qu’elle retrouve ses lettres de noblesse ! »

« Manger du médecin »

C’est aussi ce qu’on ressent à l’écoute de cet autre généraliste, le Dr Stéphane Mouche, installé depuis douze ans à Vélizy-Villacoublay (78). Il fait quant à lui l’objet d’un redressement de la part de la Cpam locale pour des indemnités de déplacement en Ehpad. Il doit rembourser 200 euros pour avoir facturé deux déplacements au sein du même établissement mais à deux moments différents de la journée (dont un de nuit).

« C’est incompréhensible, on se sent méprisés, comme s’il y avait une volonté de manger du médecin. Moi je ne me reconnais pas dans cette logique et certains de mes confrères dans la même situation que moi ont décidé de ne plus se rendre en Ehpad pour se simplifier la vie. »

Le Dr Mouche, pour l’instant, va continuer de faire de la médecine générale telle qu’il l’entend, mais il suit parallèlement une formation à des pratiques alternatives, hors convention. Comme lui, ils sont de plus en plus nombreux chaque année à se détourner de la médecine de ville pour aller exercer à l’hôpital, ou bien carrément changer de métier. D’autres, en trop grande détresse et souvent isolés, optent pour des solutions plus extrêmes à l’issue dramatique.

« Droit de vie et de mort »

Jean-Paul Hamon, le président de la FMF, également présent à la conférence, a ainsi tenu à rappeler le suicide des deux kinés dans le Nord en décembre, redevables de 200.000 euros à la Caisse. « Celle-ci affiche sa toute - puissance, elle a véritablement un droit de vie et de mort sur nous à travers ces harcèlements. »Le leader syndicaliste a d’ailleurs prévenu Frédéric Van Roekeghem, le directeur de la caisse nationale d’assurance maladie, de ce qui se passait dans les Yvelines. Une réunion exceptionnelle s’est également tenue mercredi soir avec le CDOM 78, les représentants syndicaux et le directeur de la Cpam 78, Patrick Négaret. Pour l’instant, les poursuites sont toutes suspendues. Et il semblerait qu’a priori, le nouveau directeur de la caisse locale soit plutôt dans de bonnes dispositions pour tenter d’arranger au mieux les choses.

« L’idée ce n’est pas d’attaquer les médecins, mais de coopérer avec eux, d’avancer ensemble. On ne peut pas jeter l’opprobre sur une profession. Il faut des contrôles mais il ne faut pas que ça nuise à nos relations. Je suis bien conscient que le médecin tout seul dans son cabinet est là pour faire de la médecine. Nous, notre but c’est de l’aider et ne pas alourdir son travail. C’est difficile pour nous aussi car la législation s’est beaucoup complexifiée, et il faut réussir à trouver un équilibre. Ce n’est pas facile à gérer. »

En tout cas, si le Dr Ribat est finalement poussé à vendre son cabinet, on peut être sûr que la mobilisation sera importante. Hier, plusieurs de ses patientes étaient venues le soutenir. « Pour une fois qu’on trouve un bon médecin, disponible et à l’écoute, ce serait dommage qu’il s’en aille » a témoigné l’une d’entre elles.

Source Egora

 

5 réponses à « Je vends mon cabinet pour rembourser 29.000 euros à la Sécu »

  1. Mado dit :

    Il arrivera un moment où il n’y aura plus de médecins libéraux tant ils sont harcelés par cette logique administrative cautionnée par les politiciens au pouvoir.
    Les médecins qui reçoivent des dizaines de courriers de la CPAM par semaine (car c’est souvent par dizaines qu’ils arrivent) se demandent vraiment quel est le but de ce harcèlement…

    Signaler un problème avec ce commentaire

  2. bastard andre dit :

    Il est tellement plus facile de « taper » sur les médecins qui sont, jour et nuit, au service de la population. Et pendant ce temps, les vrais fraudeurs, en particulier les immigrés de tout poil pillent allegrement la CAF,la sécu,et tous les organismes sociaux avec la complicité des « assos ».
    Bravo les dirigeants !!

    Signaler un problème avec ce commentaire

  3. TRIPOT dit :

    de tous les côtés qu’on regarde, de toutes les sources qu’on entend, on ne peut que constater que la France est un pays totalitaire et soviétisé, où les fonctionnaires agissent comme des tortionnaires tous puissants et où le citoyen n’a que peu de recours rapides contre cet Etat d’arbitraire.
    que faire ?? mais la révolution bien évidemment.
    comment un peuple aussi malmené et mécontent peut-il encore imaginer que la classe politique, toutes tendances confondues peut lui apporter écouté, morale publique, justice ??
    ce peuple doit prendre son destin en mains propres, si j’ose dire.

    Signaler un problème avec ce commentaire

  4. Jean-Marie dit :

    Le but de ce harcèlement, il est le même que celui du numérus clausus : Les remplacer par des étrangers à diplôme approximatif et laisser un boulevard aux laboratoires amis du pouvoir.
    Tout simple

    Signaler un problème avec ce commentaire

  5. dagmar dit :

    salut a tous
    sur ce sujet j’ai beaucoup a dire. Je suis dentiste et je sis plein dedans. Cela s’appelle « contrôle d’activité. En effet depuis 2009. Le sujet est tellement vaste et dangereux que je vais en faire un lettre a votre attention au calme.Mais un aperçu quand même.
    Premier contact pour vous demander environs une centaines radios. Vous êtes encore de bonne volonté. Deuxième demande encore 200 radios (sans qu’un patient soit malade bien sur) troisième contact une cinquantaine pour compléter. La recherche et un commentaire d’une radio demande entre 20 et 30 min de travail. Faite le calcul. En cabinet dentaire on fait entre 20 et 30 radios par jour. Deux tiers ne sont pas facturées a la secu. Mais si vous faites une faute de facturation vous êtes accusé de fraude. Si la radio est enregistré aàla facturation une semaine après sa prise, vous êtes accusé de « modifier la date de la radio » or la date de la radio est exacte et ne peut pas être modifié dans nos logiciels. Elle est seulement présentée une semaine plus tard pour la facturation.La total est le travail avec les bénéficiaires de la CMU. Il nous manque les cotations pour les actes chirurgicaux…on opère gratuit. Une résection apicale est coté 30E or rien que le fil de suture coûte 10E
    Un plateau chirurgical tout petit coûte 50E. Il est considéré comme fraude de faire un détartrage chez un enfant a bas age. Or nous recevrons des enfants des familles d’une grande précarité linguistique, culturel, dont les enfants ont parodonte des vieillardes de 80 ans. La science nous a appris il y a des décennies que la flore bactérien anaérobe des gencives malades affecte les valves cardiaques, les articulations. On nous traite de fraudeur pour faire le travail selon le serement d’Hippocrate. Que devons nous faire devant ces enfants des parents illettrés sans aucune culture d’hygiène ? Détartrage et les explications aux enfants(ils parle mieux fracais). COUT ??? 28,92E moins 21 E ( une consultation)= 7E Sept euros pour les quels nous sommes traitée « VOLEURS, TRICHEURS et nous somme traduits devant la cour PENALE et condamnées a des fermetures des cabinets, des mois de prison avec sursis, publications dans la presse locale. Les dossiers sont instruits seulement a la charge, les explications a la décharge, les actes gratuits, jamais cotés, sont balayées pas le revers de la main.OUI IL Y DES CONFRÈRES QUI SE SUICIDENT. C’est pire que le Stalinisme. Je le sais je suis d’origine des pays communistes, mais les bon médecins, praticiens étaient appréciés par le système, ceci est pire.
    Dgamar
    Dagmar

    Signaler un problème avec ce commentaire

Laisser un commentaire